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mercredi 16 novembre 2011

Chien de printemps, un roman de Patrick Modiano


L'édition originale
Chien de printemps est un roman de Patrick Modiano paru en 1993.

Première publication : Le Seuil, octobre 1993.
Repris en poche, collection Points Seuil, avec en couverture successivement une illustration de Pierre Le-Tan puis une photo de Jacques Sassier (2007).

Fin 2007, Points Seuil a réuni les trois romans Remise de peine, Fleurs de ruine et Chien de printemps dans un volume unique, accompagnés d’articles de presse et d’une postface de Nadia Butaud.
« La lecture des trois ouvrages devient vite obsédante. On traque les recoupements, cherchant un nom récurrent, une rue, une situation… Tout a été dit sur l’écriture de Modiano, ses évocations mélancoliques, cette façon de traquer le souvenir et de le rendre familier. Puis on lit ces trois livres et le plaisir nous submerge », commente Christine Ferniot dans "Télérama".


Chien de printemps fait également partie des dix "romans" réunis par Patrick Modiano en mai 2013 dans un volume de la collection Quarto.
A cette occasion, l'écrivain a accordé une longue interview à Sylvain Bourmeau, de Libération (10 mai 2013). A propos de Chien de printemps, il explique:
 «C’est un mélange bizarre lié à certains photographes de l’agence Magnum du temps de Robert Capa, mais un mélange bizarre. En fait, je pensais à un photographe pas très connu que je connaissais dont les archives avaient disparu. Et aussi à un autre, Rémy Duval, qui faisait des photos intéressantes avant la guerre et un peu après, et qui a disparu sans qu’on sache très bien comment. Dans le livre, un jeune homme essaye de faire de l’ordre dans les archives d’un type qui disparaît.»


Présentation en quatrième de couverture
« Il faut croire que parfois notre mémoire connaît un processus analogue à celui des photos Polaroïd. Pendant près de trente ans, je n’ai guère pensé à Jansen. Nos rencontres avaient eu lieu dans un laps de temps très court. Il a quitté la France au mois de juin 1964, et j’écris ces lignes en avril 1992. Je n’ai jamais eu de nouvelles de lui et j’ignore s’il est mort ou vivant. Son souvenir est resté en hibernation et voilà qu’il resurgit au début de ce printemps 1992. Est-ce parce que j’ai retrouvé la photo de mon amie et moi, au dos de laquelle un tampon aux lettres bleues indique : Photo Jansen. Reproduction interdite ? Ou bien pour la simple raison que les printemps se ressemblent ? »
(extrait du roman)

Dédicace

« Pour Dominique »

A lire à propos de Chien de printemps :
-"Portrait du jeune homme en futur écrivain", par Norbert Czarny (à lire en ligne sur le site)
-"Photo d’identité", par Antoine de Gaudemar, "Libération", 14 octobre 1993.


La couverture illustrée
par Pierre Le-Tan
La couverture illustrée par
une photo de Jacques Sassier

Chien de printemps lu par Norbert Czarny

Portrait du jeune homme en futur écrivain
Il y a toujours un moment, dans les romans de Modiano, où le narrateur tente d'échapper à quelque chose ou quelqu'un, en "faisant le mort". Dans Chien de printemps, comme dans Remise de peine ou Fleurs de ruine, c'est peut être à la douleur qu'engendre une disparition, qu'il s'agit d'échapper. Et le frémissement des branches, sous les frondaisons du Luxembourg permettent à ce narrateur à l'allure d'orphelin, de passer un peu plus facilement, le seuil de la jeunesse.

L'histoire se déroule au printemps 64. Le narrateur est devenu l'ami de Francis Jansen, un photographe qui cherche "la lumière naturelle". Jansen est en transit. Bientôt, il quittera la France pour le Mexique, et avant qu'il ne parte, le narrateur voudrait classer les très nombreuses photos qu'il garde dans trois valises.

Comme c'est le cas depuis La Ronde de nuit, le narrateur annonce d'emblée un projet précis concernant Jansen : "dire le peu de choses qu'il sait de lui". Ce projet, tout lecteur de Modiano le sait, ne peut aboutir. Parfois il se réduit, de façon ironique, à une fiche de police. Souvent, le portrait n'est qu'un prétexte pour évoquer, en quelques images, une époque et des lieux dont les vestiges disparaisssent trop vite. et de s'accrocher à la réalité fugitive. C'est aussi une manière, surtout ici, d'esquisser un autoportrait du futur écrivain, dans l'ombre d'un artiste confirmé.

Rares sont les indices qui permettent de reconnaître les années soixante dans ce roman. Comme si à trente ans de distance, Modiano répondait à l'injonction de Jansen de ne pas faire trop bavard, il a évité ces titres de films ou de chansons, ces références nombreuses qui résonnent, pour ses lecteurs de connivence avec lui, comme autant de "Je me souviens".

Les lieux, en revanche, détiennent toujours ce pouvoir évocateur qui place Modiano dans la lignée des grands piétons de Paris, à commencer par Nerval dont il a hérité une sorte de mélancolie.

Jansen et le narrateur se sont rencontrés Place Denfert-Rochereau. L'artiste habite un atelier rue Froidevaux, mais il fréquente peu cette rue souvent glaciale et déserte qui longe le cimetière du Montparnasse. Le plus souvent, il réside dans un hôtel avenue du Maine. Il veut échapper à ceux qui le cherchent, des amis, une femme amoureuse de lui, et le narrateur devenu son secrétaire, répond au téléphone, tente d'éconduire les importuns ou se lie avec cette Nicole qui poursuit Jansen. Elle-même est traquée par Gil, son mari, un artiste "Rive-gauche" jaloux et brutal, qui chaque nuit interprète des montages poétiques dans des cabarets de la Montagne Sainte-Geneviève, et dont Modiano brosse un portrait assez drôle sans être une caricature.

Les personnages du roman forment donc une sorte de ronde, que le narrateur observe et dont il rapporte les mouvements à travers le livre.

Autant qu'aux gens, le laconique Jansen tente d'échapper à ses souvenirs, surtout ceux d'un bonheur enfui, quand vivaient Robert Capa, son meilleur ami, et Colette Laurent, la femme aimée, tous deux désormais morts. Le jeune narrateur est son dernier lien avec ce passé puisqu'il classe les photos, ramène au jour les moments enfouis. Jansen, dont les origines sont un peu obscures, fait partie de ces figures modianesques, qui servent de guide ou de père à un jeune homme dont la vie commence. Il ressemble, par sa mélancolie et sa discrétion au George Bellune d'Une jeunesse et de Memory Lane. Son goût pour les points de suspension, son désir répété de silence et son refus des mots en trop permettent à Modiano de proposer, de façon oblique, son "Ars poetica". Jansen photographie les petits détails comme le romancier les distille, pour créer, d'un rien, un univers.

En outre, comme le père qui hante la plupart des oeuvres de Modiano, il a connu l'Occupation et n'est sorti du camp de Drancy que grâce à sa nationalité italienne. Son identité incertaine est à la fois une protection et un motif d'inquiétude pour son jeune compagnon, qui se cherche. La fin du roman en témoigne : les questions concernant Jansen restent en suspens, mais ce trouble contamine le narrateur qui ne sait s'il trouvera la paix dans la vive lumière, ou dans l'ombre.

Histoire d'un photographe, Chien de printemps est un roman rempli de lumière. Une lumière parfois vive, aveuglante, qui donne le vertige ou la nausée. A la terrasse du café de la Paix, le narrateur est ainsi près de défaillir. Est-ce la dernière ronde dans Paris, proposée par son ami en partance qui l'a étourdi ? Ou l'idée qu'il sera bientôt seul ?
Jansen en quête de tranquillité, cherche l'ombre, voire l'obscurité. Modiano, écrivain visuel avant toute chose, excelle à rendre ces jeux du soleil éclairant à vif les rues et les places, ou traversant les arbres.
Mais la lumière est aussi ce qui éclaire l'instant de bonheur. Trop de netteté écrase. La visite d'une maison désertée, en Seine-et-Marne, rappelle douloureusement que le temps de certaines amitiés s'est enfui. La pénombre rassure. Assis sur un banc, au Luxembourg, le narrateur entend comme un brouhaha les conversations anodines qui l'entourent, parmi la foule du lundi de Pâques. Et la banalité de cette rumeur le tranquillise.

Le départ de Jansen coïncide avec la publication du premier roman de son jeune ami : "J'étais enfin sorti de cette période de flou et d'incertitude pendant laquelle je vivais en fraude", écrit-il. Le sentiment d'irréalité, loin de le protéger fait souffrir le narrateur. Il y échappe parfois en lisant les gros titres d'un quotidien car le monde réel est, chez Modiano, synonyme de traque autant que de refuge.
Comme dans Une jeunesse, la séparation d'avec celui qui a servi d'intercesseur ressemble à une libération. Avoir vingt ans n'est pas plus facile pour Modiano que pour d'autres. Mais ne plus les avoir ne le rend pas apaisé.


Norbert Czarny
(La Quinzaine Littéraire)

samedi 8 octobre 2011

Remise de peine

La couverture du livre en édition de poche,
illustrée par une photo de Willy Ronnis
Remise de peine est un récit de Patrick Modiano publié en 1988. 

Première publication : Le Seuil, janvier 1988.

Repris en poche, collection Points Seuil, avec en couverture successivement deux dessins de Pierre Le-Tan représentant Frede, un des personnages du roman, puis une photo de Willy Ronis.
Traductions en espagnol (Exculpación, trad. Carlos R. Dampierre, Espasa-Calpe, 1988),  en allemand (Straferlaß, Suhrkamp, 1990), en néerlandais (Verdaagd verdriet, trad. Edu Borger, Arbeiderspers 1990), en italien (Riduzione di pena, trad. Maruzza Loria, avec en postface un entretien de Modiano avec Maryline Heck, éd. Lantana, 2011).

Fin 2007, Points Seuil a réuni les trois romans Remise de peineFleurs de ruine et Chien de printemps dans un volume unique,  accompagnés d’articles de presse et d’une postface de Nadia Butaud.
« La lecture des trois ouvrages devient vite obsédante. On traque les recoupements, cherchant un nom récurrent, une rue, une situation… Tout a été dit sur l’écriture de Modiano, ses évocations mélancoliques, cette façon de traquer le souvenir et de le rendre familier. Puis on lit ces trois livres et le plaisir nous submerge », commente Christine Ferniot dans Télérama.

Remise de peine fait également partie des dix "romans" réunis par Modiano dans un volume de la collection Quarto en mai 2013. A cette occasion, l'écrivain a indiqué, dans un entretien à Sylvain Bourmeau (Libération, 10 mai 2013), que Remise de peine n'est "pas vraiment" un roman. 

«C’est lié à un épisode de mon enfance assez énigmatique, commente-t-il. Nous étions, avec mon frère, dans une maison près de Jouy-en-Josas, entourés de gens étranges, et ça s’est terminé de manière brutale. Apparemment, c’était des amis de ma mère, dont une ou deux personnes qui, comme dans un roman policier, avaient fait quelque chose de répréhensible. Avec mon frère, nous nous sommes retrouvés tout seuls dans cette maison, et puis la police est arrivée, et mon père nous a récupérés. L’atmosphère était entre le Grand Meaulnes et la «Série noire». Les enfants vivaient alors dans un monde plus séparé de celui des adultes, la discipline était assez rigide, il n’y avait pas de télévision.»

Première couverture
illustrée par Pierre Le-Tan
Présentation par l’éditeur
« Une maison d’un étage, à la façade de lierre, dans un village des environs de Paris, où le narrateur, qu’on appelait plus facilement « Patoche » à l’époque, a grandi avec son petit frère car leur mère était partie pour jouer une pièce en tournée.
Une maison où ne vivaient que des femmes, une époque où tant de questions se bousculaient: qu’est-ce qu’une tête brûlée ? Et une « série noire » ? Eliot Salter, marquis de Caussade, reviendrait-il dans son château comme l’avais promis le père des enfants lors d’un déjeuner?
Tant d’étonnements aussi : "Pourquoi les policiers ne nous ont pas encore interrogés?" se demande encore Patoche, qui ajoute : "Pourtant les enfants regardent. Ils écoutent aussi."
Sans doute ne reste-t-il rien de tout ça que l’étui à cigarettes d’Annie, le sourire de Jean D., la grosse voiture de Roger Vincent dans le souvenir du narrateur qui n’a pu oublier. Ni la maison, ni ces femmes, ni leurs invités. Patoche regarde, écoute, il sait parfaitement que quelque chose de grave leur est arrivé. » 
(source : quatrième de couverture.)

Deuxième couverture
illustrée par Pierre Le-Tan


Dédicace : "Pour Dominique"

Personnages évoqués : "mon frère", "ma mère", "mon père", Annet Badel, Emmanuel Berl, Jacques Boudot-Lamotte, Jean D., Stioppa de D., Edmond Delehaye, Annie F, Mathilde F., Robert Fly, Frede, Georges Giorgini, Sacha Gordine, Grosclaude, "un certain Henri", Andrée K., Lucien P., Eddy Pagnon, Geza Pellmont, Zina Rachewsky, Eliot Salter, Savary, Hélène Toch, Roger Vincent.

A lire à propos de Remise de peine :

Jean-Michel Adam, Mémoire et fiction dans Remise de peine de ModianoRITM, n° 6 «Autofictions & Cie», Université de Paris X-Nanterre, pages 43-58.
Editions L'Harmattan, mai 2013


Frede, de Denis Cosnard 
La vraie vie du personnage de Modiano. 
Editions Les Equateurs, mai 2017 



La traduction italienne de Remise de peine (2011)

lundi 7 août 2017

Souvenirs dormants - Présentation du roman de Patrick Modiano


Souvenir dormants est, avec la pièce de théâtre Nos débuts dans la vie, l'un des deux livres de Patrick Modiano parus le 26 octobre 2017 dans la collection Blanche de Gallimard, l'éditeur historique de l'écrivain

Patrick Modiano : "La publication simultanée de Souvenirs dormants et d'une pièce de théâtre n'est sans doute pas le fruit du hasard. Les mots "un début dans la vie" apparaissent dans une page de Souvenirs dormants, mais l'un des deux livres ne pouvait être écrit que sous une forme théâtrale, car c'est un texte sur le théâtre." (entretien accordé au bulletin Gallimard à l'occasion de la sortie des deux livres).

Le roman est publié simultanément sous forme de livre papier et de CD, le texte étant lu par l'acteur Christian Gonon, de la Comédie Française.



Présentation par l'éditeur : 

"Souvenirs dormants suit la trace de six femmes, rencontrées puis perdues de vue, autour du début des années 60. La première et la deuxième, vagues relations de son père et de sa mère, sont surtout des prétextes de fugue, pour échapper à la tutelle de ses parents. La troisième se prénomme Geneviève Dalame. Elle appartient au milieu ésotérique et lui fait rencontrer Madeleine Péraud et Madame Hubersen qui fréquentent les mêmes cercles. Des trois, celle qui le marquera le plus est certainement Geneviève Dalame, la « somnambule », qui semblait marcher à « côté de sa vie ». C'est d'ailleurs la seule qu'il retrouve, six ans plus tard, au détour d'une rue, accompagnée d'un enfant. Le cas de la dernière, dont il tait le nom, est encore bien différent. Il l'a vu tirer sur un homme dans une soirée, et s'est rendu complice d'elle en organisant sa fuite, jetant son arme et lui servant de couverture pendant une sorte de cavale de plusieurs semaines. L'inquiétude d'une arrestation ne le quittera pas jusqu'à ce qu'il la recroise, vingt ans après, aux Buttes Chaumont. 

Parfaite illustration de «cet art de la mémoire» qui lui a valu le prix Nobel de littérature, Souvenirs dormants peut se lire comme un roman d'apprentissage, une éducation sentimentale, un précis sur le souvenir, un mystérieux traité d'ésotérisme. Un livre magnifique porté par une méditation troublante sur la répétition, les « éternels retours » dans la vie et l'écriture."  




Le personnage de Geneviève Dalame apparaissait déjà dans un précédent roman de Patrick Modiano, Accident nocturne (2003). 
Cette "fille blonde à la peau très pâle" vivait alors dans l'ombre d'un certain docteur Bouvière qui déambulait parfois dans Paris avec une "démarche de somnambule".

De même, une Geneviève (et non Madeleine) Péraud, adepte du spiritisme, figurait dans Des Inconnues (1999).


L'écrivain s'était par ailleurs déjà intéressé au milieu ésotérique dans deux autres romans, Chien de printemps (1993) et surtout L'Horizon (2010), en s'inspirant alors de L’Occultisme à Paris, un fascicule de 1953 signé Pierre Geyraud.

dimanche 21 avril 2013

Dix livres de Modiano réunis en un volume

Les éditions Gallimard ont réuni en un volume de leur collection Quarto dix des principaux livres de Patrick Modiano, sous la bannière "romans".  

L'ouvrage compte 1088 pages, dont un cahier iconographique rassemblant 62 illustrations (photographies des parents de l'écrivain, de son frère, de son épouse et de leurs deux filles, de Raymond Queneau, de Porfirio Rubirosa, du collège du Montcel, etc.)

Parution le 7 mai 2013. 

Les dix titres en cause, choisis par Patrick Modiano à partir d'une première liste élaborée par Gallimard, sont : Villa Triste (1975), Livret de famille (1977), Rue des boutiques obscures (1978), Remise de peine (1988), Chien de printemps (1993), Dora Bruder (1997), Accident nocturne (2003), Un pedigree (2005), Dans le café de la jeunesse perdue (2007) et L'Horizon (2010). 

Plusieurs de ces textes ne sont en réalité pas des romans, notamment Dora Bruder, enquête sur une jeune fugueuse, et l'autobiographie Un pedigree. De même, Remise de peine n'est "pas vraiment" un roman aux yeux de son auteur, indique-t-il dans un entretien à Libération (10 mai 2013). 

«Ces "romans" réunis pour la première fois forment un seul ouvrage et ils sont l'épine dorsale des autres, qui ne figurent pas dans ce volume. Je croyais les avoir écrits de manière discontinue, à coups d'oublis successifs, mais souvent les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases reviennent de l'un à l'autre, comme les motifs d'une tapisserie que l'on aurait tissée dans un demi-sommeil.

Les quelques photos et documents reproduits au début de ce recueil pourraient suggérer que tous ces "romans" sont une sorte d'autobiographie, mais une autobiographie rêvée ou imaginaire. Les photos mêmes de mes parents sont devenues des photos de personnages imaginaires. Seuls mon frère, ma femme et mes filles sont réels.

Et que dire des quelques comparses et fantômes qui apparaissent sur l'album, en noir et blanc? J'utilisais leurs ombres et surtout leurs noms à cause de leur sonorité et ils n'étaient plus pour moi que des notes de musique.»

A l'occasion de la parution de ce volume, Patrick Modiano a donné au Monde du 2 mai 2013 une liste commentée de ses lectures
Il a également accordé à Libération (10 mai 2013) une longue interview présentée en deux parties. Il y revient sur chacun des dix livres ainsi rassemblés, ainsi que sur la sélection qu'il a opérée
"C’était compliqué de choisir, comme un jeu de cube dans lequel il n’y aurait pas assez de places. C’est absurde. Il ne fallait pas dépasser dix titres. Au début, ils [Gallimard] avaient mis mon premier livre mais, en ce cas, il aurait fallu mettre les deux suivants. Alors j’ai préféré commencer par Villa Triste. C’est difficile parce que beaucoup de choses se répètent de livre en livre. Sans relire, j’ai essayé d’éliminer ceux qui étaient trop proches. J’ai pensé que certains faisaient double emploi. Mais j’aurais été incapable d’établir la première liste. On n’est pas lucide, on n’est jamais le lecteur de ses propres livres."


A lire aussi : 
"Inconnu à cette adresse", par Pierre Assouline 
- "Modiano biographe de ses fantômes", par Richard Millet 

vendredi 11 novembre 2011

Dominique Zehrfuss & Patrick Modiano

Patrick Modiano et son épouse Dominique Zehrfuss en 2014,
à l'occasion de la remise du prix Nobel de littérature.
(Copyright © Nobel Media AB 2014, photo Alexander Mahmoud)

Née à Paris en 1951, Dominique Zehrfuss est l’épouse de Patrick Modiano. Fille unique d'un architecte de renom, 
Bernard Zehrfuss, et de son épouse Simone, une juive tunisienne à la fois belle, passionnée, tyrannique et dépressive, Dominique Zehrfuss a suivi des études de peinture. 

Son mariage avec Patrick Modiano a eu lieu à Paris le 12 septembre 1970, alors qu'elle est encore mineure.

"Je garde un souvenir catastrophique de la journée de notre mariage. Il pleuvait. Un vrai cauchemar. Nos témoins étaient Queneau, qui avait protégé Patrick depuis son adolescence, et Malraux, un ami de mon père. Ils ont commencé à se disputer à propos de Dubuffet, et nous on était là comme devant un match de tennis ! Cela dit, ça aurait été amusant d’avoir des photos mais la seule personne qui avait un appareil a oublié de mettre la pellicule. Alors il ne nous reste qu’une seule photo, de dos et sous un parapluie!" (Interview à "Elle", 6 octobre 2003)

Créatrice de bijoux, dessinatrice, elle a illustré trois livres cosignés avec Patrick Modiano :
-28 Paradis (et sa suite 28 Enfers, sur des textes de Marie Modiano) 

Elle a également illustré Je t’écris, de Géva Caban (éditions Gallimard, 1987), et 365 contes de gourmandise, de Luda (éditions Hatier, 1989).

"J’ai mon propre univers. Je suis une manuelle, je peins des miniatures, je dessine des bijoux, j’ai toujours eu un petit bureau où je peux m’isoler. (…) Cela ne nous a pas empêchés de faire deux livres ensemble (…). On pensait que ce serait comme Tintin, qu’il y en aurait quinze autres, « Choura se remarie », « Choura grand-père », « Choura aviateur », mais bon, ça s’est arrêté, ce n’était pas un drame." (Interview à "Elle", 6 octobre 2003)

Dominique Zehrfuss a publié le 2 septembre 2010 un premier récit autobiographique, Peau de caniche, au Mercure de France, filiale de Gallimard (publication en collection de poche folio-Gallimard en avril 2012).

"Cent pages suffisent à Dominique Zehrfuss pour lézarder l'image pieuse de ses jeunes années, explique Jérôme Garcin sur son blog. Car elle fut, en apparence, une petite fille aimée et heureuse. Ses parents étaient riches, cultivés, et ils croisaient du beau monde (Saint-Exupéry, Beauvoir, Miró, Bourguiba). La vérité est plus cruelle : la mère était une despote qui tyrannisait son architecte d'époux et confiait sa fille à des nurses successives. (…) La fillette, qu'on baptisa catholique, souffrait tellement qu'elle cherchait l'échappée dans le whisky pur et qu'elle avala, une nuit, soixante comprimés d'Immenoctal. « Tout cela, c'est de la vieille histoire », soupire Dominique Zehrfuss dans une phrase très modianesque. Elle aurait pu ajouter, parodiant son mari : pour en finir avec une enfance qui n'était pas la sienne."

Dominique Zehrfuss

A lire : une interview donnée par Dominique Zehrfuss
à "Point de vue" en 2010, à l'occasion de la publication de ce livre.

Plusieurs romans de Patrick Modiano sont dédicacés à Dominique : Remise de peine, Chien de printemps

Patrick Modiano et Dominique Zehrfuss ont eu ensemble deux filles, Zina et Marie.

lundi 20 mai 2019

Encre sympathique, Modiano millésime 2019


Deux ans après Souvenirs dormants, un nouveau roman de Patrick Modiano est paru le 3 octobre 2019 dans la collection blanche de Gallimard, son principal éditeur depuis ses débuts en 1968. Preuve que l'obtention du Prix Nobel de littérature en 2014 n'a pas asséché la créativité du romancier.  

Le nouveau livre s'intitule Encre sympathique, un titre qui peut être entendu dans plusieurs sens, comme très souvent chez l'auteur de La Place de l'étoile, de Villa Triste ou encore de Chien de printemps. 

L'encre sympathique, ou encre invisible, est une encre qui n'apparaît qu'en chauffant le papier sur lequel elle a été déposée, ou en employant un autre révélateur. La plus connue est fabriquée à partir de jus de citron. Mais l'encre sympathique peut constituer également une parfaite métaphore de l'écriture de Modiano, avec son style simple, presque neutre, et ses mots, ses souvenirs, qui remontent à la surface, parfois longtemps après.

Couverture d'Encre sympathique, de Denise Bourdet (Grasset, 1966)

Encre sympathique est déjà le titre d'un livre de Denise Bourdet (1899-1967), préfacé par Félicien Marceau et publié chez Grasset en 1966. La veuve du dramaturge Edouard Bourdet, elle même écrivaine et membre du jury du Prix Medicis, y évoquait ses rencontres avec des personnalités des arts et des lettres telles que Louis Aragon, Michel Butor, J.-M. G. Le Clézio, ou Raymond Queneau, un des pères en littérature de Modiano.

Voici le résumé du roman de Modiano, tel que présenté par Gallimard : 



"Trente ans après son passage dans l'agence Hutte, Jean Eyben réouvre le dossier qu'il avait gardé sur la disparition jamais élucidée de Noëlle Lefebvre. Il contient peu de choses. Son adresse 13, rue Vaugelas dans le 15e arrondissement, celle du Dancing de la Marine et celle des magasins Lancel, place de l'Opéra, où elle travaillait. Quelques noms : Gérard Mourade, comédien, Roger Behaviour, Brainos, Sancho, Mollichi... Et un carnet. Des indices qui convergent vers un château en Sologne, Annecy, et puis plus rien. Plus rien, car, un jour, Noëlle Lefebvre a passé la frontière pour une autre vie."

On retrouve ici plusieurs éléments déjà rencontrés dans d'autres livres de Patrick Modiano : l'agence de détective Hutte se trouvait au coeur du roman Rue des Boutiques obscures, Brainos et la rue Vaugelas apparaissaient dans L'Horizon, Annecy servait de décor à Villa Triste...

Gallimard a publié un court extrait du roman : 
«Et parmi toutes ces pages blanches et vides, je ne pouvais détacher les yeux de la phrase qui chaque fois me surprenait quand je feuilletais l’agenda : "Si j’avais su…" On aurait dit une voix qui rompait le silence, quelqu’un qui aurait voulu vous faire une confidence, mais y avait renoncé ou n’en avait pas eu le temps.»

A l'occasion de la sortie du roman, Gallimard a également publié un entretien avec Patrick Modiano. "Nous vivons à la merci de certains « silences » de la mémoire", y indique l'écrivain.

➨ Les autres entretiens accordés par Modiano lors de la parution de ce roman et les nombreuses critiques du livre sont à retrouver ici

  Qui était le véritable Georges Brainos ? Enquête sur un "homme assez douteux". 

lundi 4 juin 2012

Un nouveau Modiano pour octobre

   Deux ans et demi après L'Horizon, Patrick Modiano s'apprête à publier son prochain roman. Il paraîtra le 4 octobre prochain, dans la collection blanche de Gallimard comme d'habitude, vient d'annoncer la maison d'édition. Son titre : L'Herbe des nuits

En attendant de découvrir le roman, ce seul titre est déjà extrêmement riche. Il est bien-sûr puissamment "modianesque", et ressemble à un croisement entre Fleurs de ruine  (1991) et La Ronde de nuit (1969).  

Mais on peut aussi entendre dans ce titre des échos d'autres livres. 
Certains songeront sans doute à L'Herbe rouge (1950) et L'Ecume des jours (1947), de Boris Vian. D'autres penseront à Marguerite de la nuit (1925), un roman de Pierre Mac Orlan adapté au cinéma par Claude Autant-Lara trente ans plus tard, et cité par Modiano comme l'un des titres qui, adolescent, le faisaient rêver: "Je me disais que ce n’était même pas la peine de les voir, parce que je serais déçu. Le titre suffisait, on n’avait pas envie de dissiper le mystère", avait-t-il confié en 1990 lors de l’émission "Cinéma Cinémas 2".

Avec ce titre, Modiano paraît surtout rendre un discret hommage à un poète belge bien oublié, Joseph Boland. En 1947, à trente-trois ans, Boland avait fait paraître aux éditions Georges Thone, à Liège, son premier recueil de poèmes, 87 pages réunies sous le titre... L'Herbe des nuits, précisément. Il publiera ensuite trois autres livres : Chercheur de jour (1950), Talismans (1957) et Statue d'Orphée suivi de Perséphone (1959), et deviendra professeur de langues anciennes à l'Athénée royal d'Herstal. 
Tout cela n'a pu que parler à Modiano. Le recueil de Boland évoque à lui seul la Belgique, donc les racines maternelles de l'écrivain, la poésie qui marque son écriture, et la cruciale année 1947,  l'année de naissance de Rudy, le frère de Patrick Modiano, dont ce dernier a longtemps prétendu que c'était la sienne. Sans oublier cet éditeur, Thone, qui évoque la ville de Thônes, en Savoie, où le jeune Patrick fut élève. 
Quant à Orphée et à l'idée de faire revenir les morts, il s'agit d'un mythe exploré notamment dans Chien de printemps et L'Horizon. 

Le titre La Place de l'étoile, lui, avait été emprunté (involontairement) à un autre poète, Robert Desnos. 

Post scriptum de septembre 2012 : dans un entretien au Figaro Magazine, Patrick dément avoir emprunté son titre à Joseph Boland. Il s'agit bien d'un emprunt, mais à un autre poète, Ossip Mandelstam, affirme-t-il. Au milieu d'un de ses poèmes, datant de 1924,  cet auteur russe (1891-1938) emploie en effet une formule traduite en français par "l'herbe des nuits" (in Simple promesse, éditions La Dogana, trad. Jean-Claude Schneider). "Je ne sais pas si le russe exprime la même chose, mais, en français, l'expression «herbe des nuits» me paraissait refléter le climat de mon livre: ces souvenirs qui jaillissent comme des herbes et qu'on broute sans fin", commente Patrick Modiano. 

mercredi 16 novembre 2011

Fleurs de ruine, un roman de Patrick Modiano

La couverture illustrée
par une photo de Jacques Sassier

L'édition originale du roman
Fleurs de ruine est un roman de Patrick Modiano paru en 1991.

Première publication : Le Seuil, avril 1991.
Repris en poche, collection Points Seuil, avec successivement en couverture deux illustrations de Pierre Le-Tan puis une photographie de Jacques Sassier (2007).

Fin 2007, Points Seuil a réuni les trois romans Remise de peine, Fleurs de ruine et Chien de printemps dans un volume unique, accompagnés d’articles de presse et d’une postface de Nadia Butaud.
« La lecture des trois ouvrages devient vite obsédante. On traque les recoupements, cherchant un nom récurrent, une rue, une situation… Tout a été dit sur l’écriture de Modiano, ses évocations mélancoliques, cette façon de traquer le souvenir et de le rendre familier. Puis on lit ces trois livres et le plaisir nous submerge », commente Christine Ferniot dans "Télérama".

Présentation par l’éditeur
« Je m’étais assis à la terrasse de l’un des cafés, vis-à-vis du stade Charlety. J’échafaudais toutes les hypothèses concernant Philippe de Pacheco dont je ne connaissais même pas le visage. Je prenais des notes. Sans en avoir clairement conscience, je commençais mon premier livre. Ce n’était pas une vocation ni un don particuliers qui me poussaient à écrire, mais tout simplement l’énigme que me posait un homme que je n’avais aucune chance de retrouver, et toutes ces questions qui n’auraient jamais de réponse. Derrière moi, le juke-box diffusait une chanson italienne. Une odeur de pneus brûlés flottait dans l’air. Une fille s’avançait sous les feuillages des arbres du boulevard Jourdan. Sa frange blonde, ses pommettes et sa robe verte étaient la seule note de fraîcheur dans ce début d’après-midi d’août. A quoi bon tâcher de résoudre des mystères insolubles et poursuivre des fantômes, quand la vie était là, toute simple, sous le soleil ? »
(source : quatrième de couverture.)

Dédicace :
« Pour Zina
Pour Marie

Pour Douglas »


Patrick Modiano : "Dans Fleurs de ruine, j'ai voulu partir d'un fait divers authentique de l'année 1933, le suicide d'un jeune couple rue des Fossés -Saint-Jacques, mais je n'ai pas pu m'empêcher de revenir aux années d'Occupation, et à mon père. Je voulais faire du reportage, il a été brouillé une fois encore par mon histoire." 
(Propos recueillis par Jérôme Garcin, "L'Evénement du jeudi", 4-10 avril 1991). 

Personnages cités : Gérard de Nerval, Pacheco, Eddy Pagnon, Urbain et Gisèle T., etc.

Lieu cité : 1 rue Lord-Byron
La première couverture
illustrée par Pierre Le-Tan

La deuxième couverture
illustrée par Le-Tan

jeudi 26 août 2021

Modiano se répète-t-il ?

Patrick Modiano se répète-t-il de livre en livre
 ? Et si tel est le cas, est-ce grave ? Tel est, grossièrement résumé, le thème de l'ouvrage que vient de publier Didier Saillier aux éditions L'Harmattan : Poétique de la répétition chez Patrick Modiano - Style, symptômes, vestiges.

Didier Saillier répond positivement à la première question : oui, Modiano tend à se répéter, conformément à ce qu'ont longtemps affirmé certains critiques... et parfois Modiano lui-même. "Ses personnages sont obsédés par le passé, ils errent à la recherche de quelqu’un ou de quelque chose afin de revivre une émotion", écrit l'auteur. En comparant quatre de ses romans (La Ronde de nuit, Rue des Boutiques obscures, Quartier perdu, Chien de printemps), il entend montrer que la répétition constitue même pour le Prix Nobel de littérature "un principe fondateur qui crée un univers singulier". 

Ce caractère répétitif n'est pas négatif pour autant, plaide Didier Saillier, en s'appuyant en particulier sur les travaux de Freud et la psychanalyse en général. La répétition apporte au contraire des bienfaits. "La poétique de la répétition permet d’exprimer au mieux l’incertitude qui provient du caractère désuni et fragmenté de la mémoire des périodes troubles, comme l’Occupation, marquées par les secrets et les refoulements", estime-t-il. Ajoutant : "En revisitant inlassablement un événement éloigné, le narrateur se remémore de nombreux détails qui permettent de donner un sens à cet événement, d’établir un lien avec le présent, et d’apaiser l’angoisse existentielle."

Cette courte défense et illustration de la répétition chez Modiano est assez bien argumentée. Pour soutenir sa thèse sur un Modiano qui se répète, l'auteur se focalise cependant sur quatre romans appartenant peu ou prou tous à la même période, et ignore pratiquement tout ce qu'il a écrit depuis 25 ans, en particulier Dora Bruder et Un Pedigree, ainsi que ses expériences hors du roman (chanson, théâtre, scénarios, etc.). Il écarte ainsi des textes majeurs qui marquent justement une rupture avec le côté répétitif des premières fictions, ce qui enlève une partie de sa force à la démonstration.

Didier Saillier a étudié les lettres modernes et est titulaire d’un doctorat de l’École des hautes études en sciences sociales. Il a consacré ses recherches aux œuvres de Patrick Modiano, Michel Leiris et Vladimir Jankélévitch.

Didier Saillier, Poétique de la répétition chez Patrick Modiano - Style, symptômes, vestiges, L'Harmattan, juillet 2021, 112 pages, 13 euros. 

samedi 2 décembre 2023

Patrick Modiano rend un nouvel hommage à Jean-Marc Roberts

Que sont mes amis devenus : c'est sous ce titre emprunté au poète Rutebeuf que Patrick Modiano rend un nouvel hommage à son ami éditeur Jean-Marc Roberts 
(1954-2013).

A l'occasion des dix ans de la disparition de Roberts, 27 des écrivains qu'il avait publiés au fil des ans chez Julliard, au Seuil, au Mercure de France, chez Fayard ou chez Stock ont été appelés à écrire un texte court sur cette figure flamboyante de l'édition.

Parmi ces témoignages, réunis dans un livre intitulé "Je vous ai lu cette nuit" (Albin Michel), figure celui de Patrick Modiano. Partant du vers de Rutebeuf, le Prix Nobel de littérature se souvient "du jeune homme de dix-huit ans à peine" qui l'accueillit dans sa petite chambre, "un jour de 1972", et de l'amitié qui naquit alors : "Nous formions une petite bande, Pamela, Dominique, Zina, Gabriel, Marie, Dina, à laquelle s'ajouta Franck Maubert, dit Momo, et Pierre Le-Tan, qui n'est plus là, lui non plus."

Modiano rappelle aussi que Roberts est devenu son éditeur pour trois livres, parus au Seuil (Remise de peine, Fleurs de ruine et Chien de printemps: "Je l'ai vu à l'œuvre. J'ai compris pourquoi il était si aimé et respecté."

mardi 26 mars 2013

Modiano rend hommage à Jean-Marc Roberts

Jean-Marc Roberts (photo Thibaut Chapotot-MCC)
L'écrivain et éditeur Jean-Marc Roberts, créateur de la collection "La Bleue" chez Stock, est mort d'un cancer lundi 25 mars 2013, à 58 ans. C'était un ami de Patrick Modiano, dont il avait aussi été l'éditeur chez Seuil pour trois courts romans (Remise de peine, Fleurs de ruine et Chien de printemps). 



Dans un livre de souvenirs paru juste avant sa mort (Deux vies valent mieux qu'une, Flammarion), ainsi que dans un entretien accordé à Libération, Jean-Marc Roberts avait évoqué son amitié pour Modiano, en particulier les canulars qu'ils avaient faits ensemble, au début des années 1970. 

Dans un court texte publié dans Libération du 26 mars et intitulé Arrivederci, Gian Marco, Patrick Modiano rend hommage à son ami. 

Le texte débute ainsi: 
"J’ai connu Jean-Marc Roberts en 1972. Il avait 18 ans, et il venait de publier son premier roman : Samedi, dimanche et fêtes. J’avais neuf ans de plus que lui, et j’étais heureux que quelqu’un de jeune se lance dans la littérature, puisqu’à l’époque, la génération des années 30 tenait encore le haut du pavé. Il était le fils d’une comédienne, cela nous avait rapprochés."
La dernière phrase est en italien: "Arrivederci, Gian Marco, ti vogliamo bene."