samedi 23 novembre 2019

Un nouvel essai de Bruno Blanckeman sur Patrick Modiano

Professeur de littérature française des XXe et XXIe siècles à l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3 et critique littéraire, Bruno Blanckeman vient de consacrer un nouvel essai à Patrick Modiano. 

Cet ouvrage de 160 pages édité par les éditions Passage(s) est intitulé Patrick Modiano ou L'écriture comme un nocturne (des noirceurs de l'Histoire aux ténèbres du Temps). 

Présentation par l'éditeur : 
"L’œuvre de Patrick Modiano est un théâtre d’ombres. Des personnages évanescents surgissent et se dissipent sur la scène du monde, héros éphémères de récits tantôt tracassés, tantôt fracassés par l’Histoire. 1945 année zéro. L’écriture parie sur la puissance suggestive de la langue, ses harmonies et ses non-dits pour faire sens. Cette œuvre de l’après-coup s’apparente à un nocturne, les romans modulant les multiples nuances d’un principe de mélancolie qui en dicte la partition. C’est qu’il n’est de juste écriture, pour le Prix Nobel de Littérature 2014, que dans l’exploration tourmentée des lendemains d’hier."

Bruno Blanckeman avait déjà publié en 2014, chez Armand Colin, un premier essai sur Modiano : Lire Patrick Modiano. Il a également écrit des articles sur l'écrivain pour différents ouvrages collectifs et revues, en particulier le Cahier de l'Herne consacré à Patrick Modiano en 2012.

mardi 29 octobre 2019

Modiano et Saint-Leu-la-Forêt



Par Gérard Tellier 

Mais quels peuvent bien être les liens unissant Patrick Modiano à la commune de Saint-Leu-la-Forêt, en vallée de Montmorency, dans le Val d'Oise ?

L'auteur y fait de nombreuses allusions dans Un cirque passe (1992) et y situe une bonne partie de l'action de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier (2014). 

Ce dernier roman renvoie largement à des souvenirs d'enfance de Modiano (alias Jean Daragane) qui se sont joués à Jouy-en-Josas et non pas à Saint-Leu-la-forêt. Les deux communes semblent partiellement se superposer. La rue du Docteur Voustraat censée exister à Saint-Leu dans le roman paraît ainsi calquée sur la rue du Docteur Kurzenne, à Jouy, où Modiano a passé une partie de son enfance.

St Loupien de coeur et lecteur "envoûté" de Modiano, j'ai souhaité mener l'enquête et me rendre au 15, rue de l'Ermitage à Saint-Leu-la-Forêt, où Daragane dit avoir séjourné pendant une année vers l’âge de dix ans. 

La rue de l'(H)ermitage à Saint-Leu (carte postale datée de 1909)
Une maison existe bel et bien au 15, rue de l’Ermitage mais, à première vue, ne présentant pas de points communs avec les maigres descriptions dont elle fait l’objet dans le roman. Cependant, en y regardant de plus près, je m’aperçus que sa façade conservait la trace de son ancienne numérotation, à savoir le numéro 11. En tant que riverain, je me souvenais qu’une grande partie de la numérotation des rues de Saint-Leu avait fait l’objet d’un ajustement au début des années 1970. J’en déduisis donc logiquement que la maison qui portait le n°15 dans les années 1950 se situe actuellement au n°19 de la rue. Et à cette adresse je trouvais un grand porche tel qu’indiqué page 110 du roman : « Il crut reconnaître la partie de la maison qui donnait sur la rue et le grand porche sous lequel Annie garait souvent sa voiture ». 

D’autres indices dans le roman me convainquent que Patrick Modiano n’a pas choisi Saint-Leu-la-Forêt au hasard pour y situer son roman, mais qu’un lien unit l’auteur à cette commune qu’il semble bien connaître :

-Page 100 : « Je me souviens que nous allions quelquefois tous les deux au restaurant, à Saint-Leu-la-Forêt ( …) Le restaurant s’appelait le chalet de l’Ermitage ».
J’ai découvert qu’un restaurant à l’enseigne de l’Ermitage avait bel et bien existé à Saint-Leu, du début du siècle aux années 1950. J’ai d’ailleurs retrouvé d’anciennes cartes postales de cet établissement. 

-Page 110 : « Il avait remonté la Grande-Rue de Saint-Leu et traversé la place de la Fontaine... » . 

Le prince de Condé retrouvé pendu à Saint-Leu.
Gravure de 1847 
-Page 104 : « Elle arrêtait la voiture à un carrefour de la forêt et ils marchaient jusqu’à l’étang de Fossombrone. Il se souvenait des noms : Carrefour du Chêne aux Mouches, carrefour de la Pointe. L’un de ces noms lui faisait peur : croix du Prince de Condé. A la petite école où Annie l’avait inscrit et où elle venait souvent le chercher à quatre heures et demie, l’institutrice avait parlé de ce prince que l’on avait découvert pendu dans sa chambre du château de Saint-Leu, sans qu’on ait jamais su les circonstances de sa mort. Elle l’appelait "le dernier des Condés" ». 
Je n’ai pas trouvé trace d’un étang de Fossombrone en forêt de Saint-Leu. En revanche, le carrefour du Chêne aux Mouches ainsi que celui de la Pointe des Chênes Ronds existent bien. Quant à l’histoire du Prince de Condé retrouvé pendu, elle a hanté mon enfance comme celles de générations de petits Saint Loupiens. 

D’autres détails distillés dans le roman attestent d’une bonne connaissance de Saint-Leu par l’auteur. En revanche certaines descriptions laissent à penser que Modiano confère à cette petite ville des attributs relatifs à d’autres lieux. A titre d’exemple, il n’a jamais existé de « rue de Beuvron » à Saint-Leu (page 122) alors que, vérification faite, il en existe une à Jouy-en-Josas. S’agit-il d’une volonté délibérée de l’auteur de brouiller les pistes ou bien a-t-on affaire à la manifestation de souvenirs qui s’entrelacent et se confondent ? 

Je lance un appel à poursuivre l’enquête... 

lundi 14 octobre 2019

Encre sympathique : critiques et entretiens

Patrick Modiano interrogé par RTL
en octobre 2019 (capture d'écran)


A l'occasion de la sortie de son roman Encre sympathique (Gallimard), Patrick Modiano a accordé une série d'entretiens :

"Je suis un enfant du hasard" (entretien avec Marie-Laure Delorme, Le JDD)
"Je préfère écrire à la dérobée" (entretien avec Raphaëlle Leyris, Le Monde)

A lire aussi, les critiques du livre : 

"Encre sympahique", Modiano à la recherche du temps perdu (Nelly Kapriélan, Les Inrockuptibles)
Patrick Modiano dans les brumes de l'oubli (Jean-Claude Raspiengeas, La Croix)
Patrick Modiano ou l'éternel retour (Jacques Lindecker, L'Alsace
Patrick Modiano : la magie de son "Encre sympathique" (Laurence Houot, France Télévisions)
Modiano, la trace et le territoire (Claire Lévy-Vroelant, Libération)
"Encre sympathique", le sourire Modiano (Marguerite Baux, Grazia
Patrick Modiano et les trous de mémoire (Pierre Maury, Le Soir
Modiano plagie Modiano (Frédéric Beigbeder, Le Figaro
Patrick Modiano, l'écriture pour mémoire (Jean-Claude Lebrun, L'Humanité)
Encre sympathique, de Patrick Modiano (Olivia de Fournas, Famille chrétienne)
"Encre sympathique", de Patrick Modiano ou le mystère de la chemise bleue (Jean-Marie Planes, Sud-Ouest)
Un palimpseste étrange et déroutant (Thierry L., blog La vie errante)
Modiano ou le présent composé (Gilles Cervera, Bretagne actuelle)
Modiano écrit à l'encre sympathique (Florence Pitard, Ouest-France)
Modiano : les critiques du Masque et la plume ont mené l'enquête (France Inter)
Modiano et l'encre sympathique (Anne Coudreuse, Nonfiction)

jeudi 3 octobre 2019

Une demi-heure avec Modiano



A l'occasion de la publication de son nouveau roman Encre sympathique (Gallimard), Patrick Modiano a accordé un entretien à Bernard Lehut et Yves Calvi, de RTL. Installé dans son appartement parisien, près de son imposante bibliothèque, il explique comment il écrit. 
(Première diffusion le 1er octobre 2019). 

jeudi 19 septembre 2019

La mort de Pierre Le-Tan

La couverture de Rue des boutiques obscures
Le peintre et dessinateur Pierre Le-Tan, qui avait écrit deux livres avec Patrick Modiano et illustré de nombreuses couvertures de ses romans en édition de poche, est décédé mardi 17 septembre 2019 à l'âge de 69 ans. Il souffrait d'un cancer depuis plusieurs années. 

Né en 1950 à Paris, fils du peintre vietnamien Le-Pho, il avait débuté sa carrière à 19 ans en dessinant des couvertures pour le New Yorker.

"J'ai une façon de dessiner qui est asiatique, c'est-à-dire précise, très linéaire, (avec) une espèce de fausse perspective (...) même si mes sujets ne sont pas asiatiques", confiait-il récemment pour un portrait que lui consacrait un magazine de France 5.

A la fois peintre, dessinateur, écrivain, il avait illustré une centaine de livres en français comme en anglais, et cosigné avec Modiano deux livres hors du commun : Memory Lane (1981) et Poupée blonde (1983). 

Patrick Modiano dessiné par Pierre Le-Tan
Ses compositions - mêlant fins traits noirs, ombres hachurées, le tout rehaussé d'un peu d'aquarelle - pouvaient être vues comme des "dessins qui doivent être lus et des mots qui doivent être regardés", disait-il.

Il était l'auteur de plusieurs récits dont Paris de ma jeunesse, dont il venait de préparer une nouvelle version très augmentée (sortie prévue aux éditions Stock en novembre).  

A lire :