samedi 21 janvier 2012

Eddy Pagnon, Modiano et la Gestapo française de la rue Lauriston

Collaborateur français, membre de la bande de la rue Lauriston menée par Henri Lafont et Pierre Bonny, Eddy Pagnon est un personnage central de l’œuvre de Patrick Modiano. Il revient, d’une façon ou d’une autre, dans de très nombreux textes.

Eddy Pagnon était le chauffeur attitré d’Henri Chamberlin, dit Lafont.
Condamné à mort le 12 décembre 1944, Eddy Pagnon fut exécuté le 27 décembre à 10h00 au fort de Montrouge avec sept autres membres de la « Gestapo française » de la rue Lauriston : Bonny, Lafont, Haré, Delval, Villeplane, Engel et Clavié.

Avant guerre, Eddy Pagnon aurait rencontré Albert Modiano, le père de Patrick Modiano, dans un garage, indique Patrick Modiano dans plusieurs textes.
Puis pendant la guerre, durant l’hiver 1943, Albert Modiano aurait été arrêté dans une rafle, emmené au dépôt de la Préfecture de police, et Pagnon l’aurait fait libérer. Telle est du moins l’hypothèse que, sous couvert de fiction, Patrick Modiano a répétée dans trois récits : 
De si braves garçonsRemise de peine et Fleurs de ruine. Il n'est cependant pas parvenu à vérifier cette hypothèse, et ne la cite pas dans son autobiographie Un pedigree lorsqu'il évoque les arrestations de son père. 

Eddy Pagnon apparaît de façon assez fugitive dans Les Boulevards de ceinture :
"Sylviane profite du silence pour raconter qu'un certain Eddy Pagnon, dans un cabaret où elle se trouvait en sa compagnie, a brandi un revolver d'enfant devant les clients terrifiés. Eddy Pagnon... Encore un nom qui court dans ma mémoire. Personnage ? Je ne sais pas, mais cet homme me plaît qui sort un revolver dont il menace des ombres." 

De si braves garçons : Avant la guerre, Eddy Pagnon travaillait dans un garage d’Asnières dont "s’occupait" un certain Jendron. Tous les deux sont devenus des amis de Claude Portier, mère de Christian Portier, élève du collège de Valvert et l’un des camarades du narrateur.
"Qu’est-ce qui avait bien pu lui arriver, à cet Eddy Pagnon, pour qu’ils en parlent à voix basse?", s’interroge le narrateur, Patrick.
Un début de réponse viendra 20 ans plus tard : "Il travaillait pour les Allemands… Il nous a fait libérer quand nous avons été arrêtés, le père de Christian et moi… (…) Les Allemands nous avaient passés à tabac…", explique Claude Portier à la fin du livre.

On retrouve Louis Pagnon dans Dimanches d’août. Cette fois, il est présenté comme l’un des propriétaires fugaces de la Croix du Sud, ce bijou de grand prix au centre du récit.
La pierre aurait été vendue en février 1943 par "un certain Jean Terrail" à "un certain Pagnon, Louis". "Selon une fiche de police ultérieure, la vente s’était effectuée en marks allemands. Puis, en mai 1944, Louis Pagnon avait vendu le diamant à un certain de Bellune, Philippe, dit de Pacheco (…)".
"Louis Pagnon avait été fusillé en décembre 1944. De Bellune Philippe, lui, avait disparu, comme la Croix du Sud (…)"
.

Un chapitre de 
Dans la peau de Patrick Modiano, de Denis Cosnard, le créateur de ce site (Fayard, 2011) est consacré à la véritable histoire Eddy Pagnon et à sa présence très forte dans l’œuvre de Modiano.

2 commentaires:

  1. FR3 a diffusé ce mardi 16 janvier un doc. consacré à "Ces Français qui ont choisi Hitler", thème illustré par 4 itinéraires dont deux croisent l’œuvre de Modiano : Henri Lafont et Violette Morris "la discobole aux seins coupés" (les 2 autres : Darnand et un certain Paoli). Je ne retrouve malheureusement pas cette émission dans le "streaming" de la chaîne, je l'ai vue en direct, le portrait des deux personnages - pour ce que j'en sais -, est bien tracé.

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  2. Pour regarder l'émission :

    http://www.dailymotion.com/video/xfb4gw_ces-francais-qui-ont-choisi-hitler_webcam#rel-page-2

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