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samedi 17 mars 2018

Patrick Modiano revient à la chanson




Auteur dans sa jeunesse des paroles de plusieurs dizaines de chansons dont Étonnez-moi Benoît, créé par Françoise Hardy il y a cinquante ans, Patrick Modiano revient exceptionnellement à cet exercice. Il signe le texte du dernier des dix titres de Pauvre chanson, le cinquième album de sa fille Marie, sorti en février 2018. 

Ce titre, Le chien noir du chagrin, est cosigné par Patrick Modiano pour les paroles, Marie Modiano pour la musique. Il constitue un cas à part : toutes les autres pistes de l'album associent des textes de Marie Modiano à des musiques du duo franco-suédois Marie Modiano-Peter von Poehl. 

"Après tout ce temps, tu as oublié 
Le nom de la rue 
Mais il te guidera jusqu'au bar 
Où il n'y avait jamais personne
Un chien qu'on appelait
Le chien noir du chagrin 
Le chien noir du chagrin. (...)" 

Le texte de cette chanson est inclus dans le recueil de poèmes de Marie Modiano Pauvres Chansons et autres poèmes publié simultanément par les éditions Gallimard (Collection L'Arbalète, 128 pages).

Comment est né ce duo père-fille ? "Cela faisait un moment qu'on s'était dit, un peu comme cela en l'air, qu'on allait écrire des chansons ensemble, et finalement ça s'est fait, a raconté Marie Modiano, interviewée sur RFI en mars 2018. Un jour, il m'a apporté deux ou trois textes, et puis j'ai commencé à en mettre en musique certains (...). J'aime beaucoup communiquer par le travail et j'ai l'impression que quand on travaille avec les gens qu'on aime, c'est une manière d'être encore plus ensemble, que ce soit avec ma mère en écrivant les paroles de Miraggio, ou mon père. Là, je travaille aussi avec ma sœur, on a écrit une pièce de théâtre... C'est une manière parfois, si on est un petit peu pudique dans la vie de communiquer. Après cela en fait un objet, et c'est encore mieux." 

Le "chien noir du chagrin" n'est pas un nouveau venu dans l'univers modianesque. Ce personnage figurait déjà en bonne place dans Dieu prend-il soin des bœufs ?, un livre de Patrick Modiano (texte) et Gérard Garouste (lithographies) publié en 2003.

dimanche 17 septembre 2017

Les chansons de Modiano reprises par The Chanteuse


C'est un pan méconnu de l'oeuvre de Patrick Modiano. Durant les années 1965-1970, le futur prix Nobel a écrit les paroles de plusieurs dizaines de chansons, dont une seule a vraiment connu le succès, grâce à Françoise Hardy : Etonnez-moi Benoît. 

Une jeune chanteuse anglaise, Lucy Hope alias The Chanteuse, a décidé de faire redécouvrir ce patrimoine oublié. Elle publie le 6 octobre 2017 un album de huit titres intitulé The Chanteuse sings Modiano. Le concert de lancement est prévu le 13 octobre à Salford, près de Manchester.

Les premiers titres, déjà disponibles, sont Les Oiseaux reviennent, qui avait été créé par Henri Séroka et dont Modiano parle dans Livret de famille, et L'Aspire-à-cœur, interprété initialement par Régine. Sur son album, The Chanteuse reprend également San Salvador, Les Escaliers, A Cloche-pied sur la grande muraille de Chine, Je fais des puzzles, La Complainte de Roland Garros, ainsi que Etonnez-moi Benoît.


Originaire de Manchester, Lucy Hope a écrit un mémoire de fin d’études à Oxford sur Patrick Modiano. Elle s'est lancée dans la chanson, notamment au sein du groupe de rock psychédélique The House of Glass, et s'est peu à peu spécialisée dans la chanson française, en interprétant Jacques Brel, Edith Piaf, Georges Brassens ou encore Barbara. 

"L’album a été enregistré à Londres au studio Toe Rag et est produit par Dimitri Tikovoï (Marianne Faithfull, Placebo), précise la maison de disque. De nombreux arrangements ont été écrits par Jean-Claude Vannier, légendaire compositeur français et collaborateur de longue date de Gainsbourg, et les cordes, qui constituent le cœur de l’œuvre, ont été retravaillées et transcrites par la musicienne Fiona Brice (John Grant, Anna Calvi …)."


samedi 24 décembre 2016

Modiano et la chanson, par le Harper's Magazine


Patrick Modiano vers 1972
© Louis Monier/Bridgeman Images

Le grand magazine américain Harper's Magazine consacre un long article de sa livraison de janvier 2017 à Patrick Modiano. Non pas au romancier désormais couvert de lauriers, mais au jeune homme qui, au sortir de l'adolescence, a écrit quelques dizaines de chansons avec son camarade de classe Hughes de Courson, dont le succès Étonnez-moi Benoît, popularisé par Françoise Hardy. 

L'écrivain et journaliste américain Peter de Jonge a traversé l'Atlantique pour en savoir plus sur ces quelques années décisives et méconnues. A Paris, il a en particulier rencontré Hughes de Courson ainsi que l'écrivaine Myriam Anissimov, qui a participé à cette aventure et chanté quelques chansons du duo Modiano-de Courson. 

Intitulé The Notes of Patrick Modiano, l'article (en anglais) éclaire d'un jour intéressant la personnalité de Patrick Modiano et la façon dont il a travaillé avec Hughes de Courson, son compère d'alors, avec qui il a ensuite cessé toute relation

Pour consulter l'article, il suffit de cliquer sur ce lien :
http://harpers.org/archive/2017/01/the-notes-of-patrick-modiano/

dimanche 15 juin 2014

Un spectacle autour des chansons de Patrick Modiano

Françoise Hardy et Patrick Modiano en barque
Initiative originale : vendredi 27 juin sera présenté à Toulouse, dans le cadre du festival Marathon des mots,  un spectacle autour des chansons de Patrick Modiano. 

Guillaume Poix et Donia Berriri au piano proposeront une lecture musicale sur des textes de Patrick Modiano (Gallimard), de Françoise Hardy et des musiques d’Hugues de Courson.

"Il y a indéniablement une « musique » Modiano, commente le comédien et metteur en scène Guillaume Poix. À parcourir son œuvre, on se perd parmi les figures qui la peuplent et la hantent, silhouettes arrachées à l’oubli comme des notes s’échappant d’un piano fatigué. Certaines se calquent les unes sur les autres, comme si leur superposition dessinait les contours d’un monde perdu où les vivants hallucinés côtoient les fantômes de l’Histoire."

Spectacle gratuit vendredi 27 juin à 21h00, au Théâtre Sorano, 

35 allée Jules Guesde à Toulouse.

dimanche 12 janvier 2014

Myriam Anissimov et Patrick Modiano

En couverture de Jours nocturnes,
une photographie de Myriam Anissimov
par Jacques Robert, photographe attitré de Gallimard

Dans son dernier roman à haute teneur autobiographique, Jours nocturnes (Seuil, 2014), Myriam Anissimov évoque à plusieurs reprises un certain Arturo auquel elle trouve "la pâleur, la grâce d'Amedeo Clemente Modigliani", et avec lequel elle noue une relation qui ne va pas bien loin. 
Il n'est guère difficile de deviner qui se dessine derrière ce grand jeune homme passionné par le Paris de l'Occupation, la Gestapo française de la rue Lauriston, Maurice Sachs, le docteur Petiot ou encore Joseph Joanovici. Arturo, qui habite un immense appartement au bord de la Seine avec sa mère et le compagnon de celle-ci, "collectionnait tous types d'archives et de papier, écrit la romancière. Les annuaires, surtout les annuaires". Il adore se promener dans Paris la nuit, faire des canulars téléphoniques. Il écrit des textes de chansons. 

Myriam Anissimov a effectivement connu Patrick Modiano à Paris à la fin des années 1960. 
Fille d’un écrivain juif polonais, née en 1943 dans un camp de réfugiés en Suisse, elle est d'abord photographe, comédienne, puis enregistre des poèmes d’Albertine Sarrazin mis en musique. 

L’année suivante, en janvier 1970, elle sort un 45 tours comportant une piquante composition du duo Modiano-de Courson, À tout petits petits petons : "Je vais dans mes petits souliers / À tout petits petits petons (…) / Maman m’a dit de me méfier / De certains vilains hannetons / Qui vous promettent des bâtons / De chocolat si vous les suivez". 
Elle cite d'ailleurs des fragments de cette chanson, attribuée à Arturo, dans Jours nocturnes

Myriam Anissimov sera ensuite marchande de vêtements aux puces, romancière, puis journaliste. 
En 1975, son roman Le Resquise (Denoël) -c’est-à-dire "l’heure exquise" sous la plume d’un enfant- évoquait déjà sa relation avec Patrick Modiano, alors caché sous les traits d'un certain Antoine. 
Une jeune juive, Anna, dont la famille a été victime de la Shoah, entre dans la vie adulte. Premières expériences sexuelles. Premiers petits boulots. Elle veut devenir chanteuse, et sort un 33 tours. En prenant des photos pour une maison de disques, elle rencontre un chanteur et les deux auteurs de ses bluettes. Elle se lie avec l’un d’eux, Antoine, un garçon timide et gigantesque. Il mesure deux mètres. En dehors des chansons, il a déjà écrit un livre. Sans le sou, il habite avec sa mère et le très sec compagnon de celle-ci dans un vieil immeuble parisien. Sa chambre est une véritable bibliothèque, avec une grande table, un fauteuil respectable et des tableaux anciens aux murs. Il est là aussi passionné par l’Occupation, sait tout de ce qui s’est passé dans le seizième arrondissement pendant la guerre, du docteur Petiot et de la bande Bonny-Lafont.
"Le grand Antoine semblait tombé sous le charme d’une époque qu’il qualifiait de pourrie mais dont les miasmes l’enivraient". Leur histoire d’amour est brève. Antoine propose à Anna de se marier. Elle est réticente. Ils n’ont encore jamais couché ensemble. Leur première nuit n’est guère probante. Quelques jours plus tard, Antoine rompt violemment avec Anna. Plus question de se marier, ni de l’aider à éditer le manuscrit sur lequel elle travaille. Il la jette. "Je veux le luxe, tout de suite et sans difficulté, lui assène-t-il. Je vais épouser une fille pleine de fric."

Myriam Anissimov est également l'auteure de trois biographies importantes, consacrées à Primo Levi, Romain Gary et Vassili Grossman. 
La parution de sa biographie de Primo Levi en 1996 a été saluée par Patrick Modiano dans un article élogieux (Libération, 26 décembre 1996). 

A lire aussi : 

Myriam Anissimov, chez elle à Paris, en décembre 2013
(photo Mathieu Zazzo)

samedi 8 décembre 2012

Hughes de Courson sur France Musique

France Musique vient de consacrer une heure à Hughes de Courson, ami de jeunesse de Patrick Modiano, avec lequel il a composé plusieurs chansons. 

L'émission porte justement le titre d'une de ces chansons : Etonnez-moi Benoît !

Discutant avec l'écrivain et animateur de l'émission Benoît Duteurtre, Hughes de Courson évoque sa collaboration avec Modiano, ainsi que les aventures qui ont suivi : Malicorne, Lambarena, Mozart l'Egyptien, etc.
L'émission peut être réécoutée ou podcastée sur le site de France Musique d'ici au 7 janvier.

samedi 31 décembre 2011

Gino Bordin vu par Patrick Modiano


Gino Bordin est l’une des figures du roman De si braves garçons (1982).

Modiano en fait le professeur de guitare du collège de Valvert, où sont pensionnaires les "braves garçons" en cause.
"Chaque jeudi, Gino Bordin, notre professeur de guitare venait au collège par le car de la porte Saint-Cloud. (…) Le premier, il avait introduit en France la guitare hawaiienne et c’était là son titre de gloire."

Comme souvent chez Modiano (par exemple pour Henri Séroka), ce personnage s’inspire très directement d’une personne réelle : Gino Bordini, né en 1899 en Italie et devenu Gino Bordin après son arrivée en France en 1926. Aujourd’hui méconnu, il fut effectivement l’un des pionniers de la guitare hawaiienne dans l’Hexagone, à la fin des années 1920 et au début des années 1930.
Il composa de nombreux morceaux et enregistra une série de disques. Avec Louis Ferrari, il écrivit notamment la musique de Te chérir une nuit, une chanson interprétée par Tino Rossi sur des paroles d’André Viaud.
Après guerre, Bordin traversa une passe plus difficile. Comme le raconte Modiano, il fut alors professeur de guitare, chez lui, rue Audran à Paris, mais aussi dans des établissements scolaires privés.
Le portrait qu’en dresse Modiano, costume sombre, pochette et cravate de soie claires, lunettes à fines montures argentées et cheveux coiffés en arrière, est également conforme à la réalité.
Gino Bordin mourut en 1977, cinq ans avant la publication de De si braves garçons.

On retrouve 14 morceaux joués par Gino Bordin sur la compilation Paris, Plages d’Hawaii – Guitares hawaiiennes (Paris Jazz Corner/Universal Jazz, 2006).
Le livret, signé Cyril Lefebvre, cite le texte de Modiano.

Sans mentionner directement Gino Bordin, Patrick Modiano avait déjà évoqué la guitare hawaiienne dans Memory Lane, un récit écrit juste avant De si braves garçons.

L’un des personnages, émigré lui aussi, Georg Bluëne devenu Georges Bellune, est le compositeur d’une opérette, Roses d’Hawaï. "Inconsciemment, il avait espéré que les pétales de roses et les caresses des guitares hawaïennes sur les arbres du Ring et Unter den Linden conjureraient le mauvais sort", écrit Modiano.

Contrairement à Bordin, Georges Bellune n’a pas existé. Le personnage est en partie inspiré du compositeur hongrois Paul Abraham (1892-1960), auteur de l’opérette La fleur de Hawaii (Die Blume von Hawaii).
Gino Bordin, lui, a composé un morceau intitulé Rose d’Hawaï.

Un long passage du livre-enquête Dans la peau de Patrick Modiano, de Denis Cosnard (Fayard, 2011) est consacré à Gino Bordin et à la saga hawaïenne qui traverse plusieurs textes de Modiano. 
Gino Bordin et sa guitare



Patrick Modiano vu par Vincent Delerm



Plus de trente ans après avoir écrit une série de chansons, Patrick Modiano est devenu à son tour en avril 2004 le personnage central d’un succès de Vincent Delerm, Le Baiser Modiano.

La chanson, publiée sur l’album Kensington Square, raconte une jolie scène typiquement parisienne : un soir, près du square Carpeaux, dans le 18ème arrondissement, un couple croise Patrick Modiano.

"C'est le soir où près du métro
Nous avons croisé Modiano
Le soir où tu voulais pas croire
Que c'était lui sur le trottoir
Le soir où j'avais dit "Tu vois
La fille juste en face du tabac
Tu vois le type derrière de dos
En imper gris c'est Modiano"
(…)
Et le baiser qui a suivi
Sous les réverbères, sous la pluie
Devant les grilles du square Carpeaux
Je l’appelle Patrick Modiano"


Pour lire les paroles complètes

Pour Vincent Delerm, il s’agit clairement d’un hommage à Patrick Modiano :
"Modiano compte aussi beaucoup. Les titres de ses bouquins me ravissent: La Ronde de nuit, Voyage de noces, Villa triste... Et sa manière d'aborder le thème de l'Occupation sous un angle esthétique. Ma chanson Le Baiser de Modiano relève de cet esprit: fixer un moment - un baiser - en fonction d'un événement - croiser Modiano. L'idée m'est venue le jour où quelqu'un s'est retourné sur moi dans la rue. J'ai pensé: "Tiens, personne ne reconnaîtrait Modiano, et pourtant...""(Entretien avec Gilles Médioni, "L’Express", 12 avril 2004).

"Le Baiser Modiano est un des morceaux que je préfère de mon deuxième album. La mélodie, simple -deux accords- est très atmosphérique. C’est une chanson brumeuse, à la Modiano justement, dont les romans sont plein de visions cotonneuses de silhouettes et de visages. C’est frappant dans Un pedigree, quand il cherche à situer des gens qu’il est sûr de connaître. Modiano fait partie des artistes qui m’intéressent vraiment. Et son nom est si beau…"
(Entretien avec Sophie Delassein, "Le Nouvel Observateur", 21-27 septembre 2006).

A voir : Vincent Delerm sur le site de Tôt ou tard


mercredi 28 décembre 2011

Henri Seroka, chanteur et personnage de Modiano




Henri Seroka est un chanteur et compositeur issu d’une famille polonaise et né à Anderlecht, en Belgique.

Il commence sa carrière comme chanteur, et enregistre en particulier en 1969 un titre intitulé Les Oiseaux reviennent, sur des paroles de Patrick Modiano et une musique de Hughes de Courson (ed. musicales Fantasia).
Ce titre est sorti en octobre 1969 sur un 45 tours édité par Festival, et orchestré par le musicien Saint-Preux. Il comportait trois autres chansons : La Valse de l'enfance (paroles et musique de Saint-Preux), Sur la plage, et Je ne vous dirai plus je vous aime (de Gilles Vignault).
La pochette du disque mentionne le Grand prix de la presse obtenu par Henri Seroka au festival de Sopot, en Pologne, en août 1969.

Par la suite, Henri Seroka a surtout effectué une carrière de compositeur de musique, souvent symphonique, pour des artistes comme Ivan Rebroff, Betty Dorsey et Lulu, ou encore pour des films.
Pour en savoir plus : le site officiel de Henri Seroka.

Patrick Modiano évoque Henri Seroka et la chanson Les Oiseaux reviennent dans le chapitre IX de Livret de famille.
Le narrateur, en séjour à Lausanne, y rencontre à la piscine "un ami de Paris, un jeune chanteur d’origine belge nommé Henri Seroka", "sosie d’Errol Flynn".
"Il avait participé – m’expliqua-t-il – au Tilleul d’or de la Chanson à Evian (...). Le jury l’avait sélectionné en demi-finale puis éliminé au dernier tour (…). Henri Seroka me ramenait à un passé encore proche, aux après-midi où nous traînions, mon ami Hughes de Courson et moi, dans les locaux désolés des Editions musicales Fantasia, rue de Grammont. Nous y écrivions des chansons et Seroka avait interprété l’une d’elles : Les Oiseaux reviennent, qui lui valut un accessit au Festival de Sopot et une médaille au Grand Concours de la chanson de Barcelone."



Les deux pochettes
avec le titre Les Oiseaux reviennent

dimanche 25 décembre 2011

Jacques Dutronc et Patrick Modiano

La couverture de Brèves rencontres
Ami du couple Françoise Hardy-Jacques Dutronc, Patrick Modiano a écrit un texte de présentation de Brèves rencontres, publié dans le livret accompagnant cet album sorti le 4 octobre 1995.

"Je suis heureux de retrouver dans ce nouvel album la voix de Jacques DUTRONC. Elle nous accompagne depuis longtemps et nous fait aujourd’hui ses dernières confidences sur le timbre rêveur et nonchalant que nous aimons », écrit Modiano, qui mentionne plus loin Audiberti, Gabin, Maurice Chevalier, Serge Gainsbourg et "ce mystérieux André Rewelliotty."
La voix de Jacques est de celles qui nous guérissent un peu de la monotonie de la vie"
, conclut Modiano.

De son côté, Jacques Dutronc a évoqué Patrick Modiano dans un entretien accordé à Gilles Médioni, et publié dans "L’Express" le 22 mai 2003 :
"Je lis aussi Modiano, pas un bavard lui non plus; en revanche, il a un rire qui prend de la place. Je l'ai connu par Françoise, il lui a écrit des chansons. Moi, il m'a consacré la préface de Brèves Rencontres, et puis j'ai joué dans Une jeunesse, adapté d'un de ses bouquins. Modiano, c'est une quête incessante, la fascination d'une époque, le secret des phrases en suspens. Imaginez un dîner avec lui, Sagan, Wenders et moi, et un aquarium pour décor: c'est le silence qui fait mal aux oreilles."

Pour en savoir plus sur Jacques Dutronc
Jacques Dutronc né le 28 avril 1943 à Paris. Il a fait ses études à l'école communale de la rue Blanche et au Lycée Condorcet à Paris.
Il a épousé le 30 mars 1981 Françoise Hardy avec laquelle il vivait depuis 1967.

samedi 24 décembre 2011

Quand Régine chante Patrick Modiano


La couverture de la partition de L'Aspire-à-cœurs
Régine Zylberberg, dite Régine, est née en Belgique de parents juifs polonais le 26 décembre 1929.
Elle fut barmaid, directrice de clubs privés, "reine de la nuit", avant de se lancer avec succès, en 1963, dans une carrière de chanteuse. Sur des textes de Charles Aznavour, Serge Gainsbourg (Les Petits papiers), Emil Stern, Jean Cau, etc., elle devient une figure de la chanson populaire et gouailleuse.

La pochette du disque (1969)
"La petite fille juive abandonnée à cinq ans par sa mère, oubliée régulièrement par son père dans des pensions, pourchassée par les nazis, humiliée, insultée par ceux qui se croyaient plus forts qu’elle, incomprise par son entourage, devait avoir un destin hors du commun." (in Le Meilleur de Régine, 2 CD, 2000).

C’est elle qui a créé en 1969 L’Aspire à cœurs, texte de Patrick Modiano, musique Hughes de Courson, éditions Fantasia.

Elle a interprété une autre chanson de Hughes de Courson, Sur le toboggan (paroles de Hughes de Courson, musique d’Ariel Zilber).

Cette même année 1969, elle joue dans Mazel Tov ou le mariage, un film de Claude Berri. Elle y interprète la fille de Mme Schmoll, rôle confié à Luisa Colpeyn, la mère de Patrick Modiano.


Pour en savoir plus, le site officiel de Régine.



Chansons sous les bombes, par Patrick Modiano

Un texte court (7 lignes manuscrites) écrit par Patrick Modiano pour le disque Chansons sous les bombes de Guillaume de Chassy (piano), Daniel Yvinec (contrebasse) et André Minvielle (voix) a été publié en "préface" du livret (Bee Jazz Records, mai 2004).

Sur cet album, présenté comme le premier volume d’une série intitulée « Musique pour des temps troublés », le trio interprète à la mode jazz une série de chansons françaises des années 1930 à 1950 : Le Petit bal perdu, Hymne à l’amour, Mon amant de Saint Jean, etc.

"L’univers de Patrick Modiano a été une référence souterraine durant l’élaboration de Chansons sous les bombes, précisent les auteurs dans le livret. Une série d’extraordinaires coïncidences comme celles qu’il décrit parfois dans ses romans a conduit à une rencontre entre l’écrivain et les deux musiciens. Il a offert ses mots en écho à leur musique."

A voir : présentation de l’album sur le site de Guillaume de Chassy

A écouter : des extraits du disque

Marie Modiano, chanteuse, poète et écrivaine



Marie Modiano est la deuxième fille dPatrick Modiano et Dominique Zehrfuss. Née en 1978, elle est chanteuse, poète et désormais écrivaine, après un début de carrière comme comédienne.



Elève de John Gardyne à la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, elle débute au théâtre dans Le Menteur de Jean Cocteau, mis en scène par sa sœur Zina, en 1996.

Elle joue ensuite dans Orchestre de Jean Anouilh, mis en scène par Sir Timothy Ackroyd à la London and International Shcool of acting, et dans Le Marchand de Venise de Shakespeare, mis en scène par Sir Timothy Ackroyd au Globe Theatre Art Centre.
En 1998, elle interprète Ismène dans Phèdre de Racine (mise en scène de Luc Bondy).
Au cinéma, elle joue un petit rôle dans Fantômes, de Jean-Paul Civeyrac, en 2001. Dans Demon Lover, d’Olivier Assayas, en 2002, elle est une jeune fille au restaurant. On la retrouve ensuite dans un film de Medhi Ben Attia et sa sœur Zina, d’après Henry James, La Vie privée. Elle y interprète Maria.

En parallèle, elle entame une carrière de chanteuse.
En 2004, elle donne des concerts avec Grégoire Hetzel (piano), Daniel Yvinec (contrebasse) et Arnaud Lechantre (batterie). Des compositions originales, paroles et musique de Marie et Grégoire.


Un premier disque, I’m not a rose, est sorti en 2006 chez Naïve.

"On y retrouve juste ce qu’il faut de Modiano père, le « grantécrivain » que chante Vincent Delerm (lui-même fils de). A savoir un phrasé languide, tremblé, chuchoté. Des textes traversés d’ombres, empreints de nostalgie. Et une voix qui arpente les silences à pas de loup" (Erwan Desplanques, "Télérama", 22 février 2006).
A lire en ligne, une interview de Marie Modiano sur le site Volubilis (2006). Elle y évoque rapidement son père, résumant : « Chacun son univers… »


Quelques articles sur son premier disque :


François-Marie Banier, photographe et écrivain, se montre plus réceptif. Dans "L’Humanité", il évoque cette "Marie Modiano aujourd’hui que je viens d’entendre à la Boule noire, enchanté, pétrifié par cette voix nouvelle où se retrouvent la sensualité maîtrisée de Marlène Dietrich, la rudesse enchanteresse de Marianne Faithfull, l’acrobatie de Liza Minelli, la douceur de Françoise Hardy, la richesse troublante de Nina Simone."

En 2007, Marie Modiano interprète Je te veux (Henry Parcory/Erik Satie) sur le disque D’1 SIECLE A L’AUTRE, qui reprend dix mélodies de la fin du 19ème siècle ou du début du 20ème.

Un deuxième album, Outland, réalisé par Peter von Poehl est sorti le 23 septembre 2008, toujours chez Naïve. Des chansons in english only…
Outland "se révèle une collection de chansons parmi les plus délicieuses de la rentrée", écrit Olivier Nuc, dans "Le Figaro".

Modiano ? "Ce nom ne m'a pas aidé en France, on m'a tout de suite pris pour ce que je n'étais pas: une fille à papa", explique la chanteuse au "Point", à l’occasion de la sortie de cet album.
"Il y a dans ses chansons une fille « named Pearl », une « Betsy Connolly ». Sans parler de Carson, Flannery & Jean, de la référence­ littéraire au kilo (épatez vos amis en sachant­ dire qui sont ces trois écrivains). Pour que ses héroïnes se sentent à l'aise, Marie Modiano a mis plein d'autres mots anglais autour, nimbés d'un léger accent. Peter Von Poehl­ les habille avec cette fluidité qu'ont certains Scandinaves à maîtriser le style anglo-saxon. Searching for Pearl, Drifters in the wood, les deux premiers titres, inspirent une légèreté quasi béate. C'est ­assez fort quand on se souvient de leurs premiers essais respectifs : Modiano encore emmitouflée dans son manteau de débutante, von Poehl tamisant un folk-pop juste­ honnête." (François Gorin, "Télérama", 20 septembre 2008).

Les premiers titres d'un troisième album ont été mis en ligne en avril 2011.

En février 2012, Marie Modiano a publié un premier recueil de poèmes, Espérance mathématique (éditions L'Arbalète, Gallimard).


En novembre 2012, elle a signé les textes courts accompagnant les gouaches de sa mère Dominique Zehrfuss pour le livre 28 Enfers (éditions Le Promeneur, Gallimard).


En septembre 2013, Marie Modiano publie son premier roman, Upsilon Scorpii, toujours chez Gallimard. 

En janvier 2017, elle publie son deuxième roman, Lointain, dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard.


A consulter en ligne :
- Des photos prises en concert sont également disponibles sur le site Taste of Indie.


vendredi 11 novembre 2011

Françoise Hardy chante Patrick Modiano



Françoise Hardy est née le 17 janvier 1944 à Paris.
Chanteuse, elle a notamment interprété Tous les garçons et les filles, Le temps de l’Amour, Dis-lui non, Comment te dire adieu ?, Message personnel, etc.

Patrick Modiano a signé ou cosigné les textes de quatre chansons interprétées par Françoise Hardy:

Etonnez-moi Benoît !
Paroles Patrick Modiano, musique Hughes de Courson. Album « Comment te dire adieu ? », Vogue 1968. Puis album « Françoise », Sonopresse 1970.

San Salvador
Paroles Hughes de Courson et Patrick Modiano, sur un air traditionnel. Album « Soleil », Sonopresse 1970.

Je fais des puzzles
Paroles Hughes de Courson et Patrick Modiano, musique Tommy Brown. Adaptation de Magic horses, paroles de Micky Jones. Album « Soleil », Sonopresse 1970.


A cloche-pied sur la grande muraille de Chine
Paroles Hughes de Courson et Patrick Modiano, musique Tony Macaulay. Album « Françoise in french », 1970.

Deux lettres de Patrick Modiano à Françoise Hardy datant de mai et août 1970 sont reproduites en fac-similé dans les mémoires de cette dernière, Le désespoir des singes… et autres bagatelles, parues aux éditions Robert Laffont en octobre 2008.

Est-ce un hasard ? Pour Françoise Hardy comme Patrick Modiano, la figure du père est complexe et un peu fantomatique. La mère de Françoise Hardy était célibataire, et son père marié à une autre femme. Il dirigeait une société fabriquant des machines à écrire et à calculer, et personne ne devait savoir qu’il avait deux enfants adultérins. Il ne voyait sa fille que trois fois par an.
"Socialement, je suis une « bâtarde ». Mon enfance a été très marginale, il m’en est resté à vie un sentiment de honte et d’inconfort", a confié Françoise Hardy.
Quelques années avant de travailler avec Modiano, Françoise Hardy avait vécu puis rompu avec le photographe Jean-Marie Périer, qui révèlera lui-même plus tard, en 2001, être le fils adultérin de Henri Salvador.

Dans un entretien accordé au Figaro Madame en 2004, Françoise Hardy cite comme membres de sa "famille" quatre personnes: son compagnon Jacques Dutronc, leur fils Thomas, Lena "ma meilleure amie", et Dominique Modiano, l’épouse de Patrick Modiano, "qui est une vraie sœur" (28 novembre 2004).

La chanson Etonnez-moi Benoît ! a été réenregistrée en 2006 par le duo Radiomatic (Pascal Parisot + Frédérique Dastrevigne).

Pour aller plus loin :
-Le désespoir des singes… et autres bagatelles, par Françoise Hardy, éd. Robert Laffont, 2008
-Françoise Hardy, ma vie intérieure, par Gilles Verlant, éd. Albin Michel, 2002.
-Le site officiel de Françoise Hardy

La chanson Magic Horses
devenue Je fais des puzzles en français



Hughes de Courson, complice musical de Modiano

La couverture du disque Fonds de tiroir 1967
Musicien et producteur de disques français, Hughes de Courson raconte être né dans « une famille de militaires, des hobereaux aristos du Pas-de-Calais ».
 

Pendant ses études au lycée Henri-IV, il rencontre Patrick Modiano. Devenus amis, ils écrivent ensemble des chansons. "Nous étions ensemble en hypokhâgne. Il écrivait déjà très bien et moi je gratouillais de la guitare. Nous avons commencé un peu par hasard, lui à écrire, moi à composer des ritournelles" (in "Lire", "Ces écrivains qui connaissent la chanson", septembre 1997).

Sortiront notamment de cette collaboration 4 chansons pour Françoise Hardy, une pour Henri Seroka, et un disque commun, Fonds de tiroir 1967.

Après le lycée français de Madrid, "je suis venu à Paris pour continuer mes études, et j’étais en classe avec Patrick Modiano ; c’est alors que nous avons commencé à écrire des chansons. Nous les avons confiées à Jean-Max Rivière et Gérard Bourgeois, qui avaient leur propre maison d’édition, et un jour, ils ont fait écouter Etonnez-moi Benoît à Françoise, qui l’a tout de suite aimée, et donc chantée. Par contre, nous ne l’avons connue qu’un an après."
(in Françoise Hardy, superstar et ermite, par Etienne Daho et Jérôme Soligny, éd. Jacques Grancher, 1986).

Hughes de Courson fera ensuite office de gérant de l’éphémère société de production créée par Françoise Hardy, Asparagus. En 1974, il produira le disque de Françoise Hardy
Entr’acte.

Hughes de Courson
"J’avais un ami qui travaillait dans une maison d’édition musicale. Il éditait des choses très hétéroclites. Comme des accordéonistes avaient besoin de paroles pour s’inscrire à la Sacem, j’ai donc écrit pour André Verchuren mais aussi des chansons et des adaptations pour Françoise Hardy" (interview de Patrick Modiano au Club du Grand livre du mois, 24 avril 2001).


Hughes de Courson participe ensuite à la fondation du groupe de musique folk Malicorne avec Gabriel et Marie Yacoub (1974), puis compose des disques mêlant Bach et la musique africaine, Mozart et l’Egypte, etc.

En 1976, il a composé la bande originale du film Je suis Pierre Rivière, de Christine Lipinska.

Dans 
Poupée blonde, Patrick Modiano glisse une allusion à sa collaboration avec son ami : "La musique est de Hugues de Courson", précise le livret-programme de cette pièce de théâtre.



Fonds de tiroir 1967, un disque de Patrick Modiano et Hughes de Courson



Fonds de tiroir 1967 est le titre d’un disque de Patrick Modiano et Hughes de Courson, publié en 1979 aux éditions Ballon noir, puis édité en CD en 1997 aux éditions Masq. 
Il est aujourd’hui disponible grâce à Le Roseau en France et Home Records en Belgique. 

La pochette du 33-tours (recto)
La pochette du 33-tours (verso, avec un texte de Modiano) 
Cet album comporte 12 morceaux composés par Hughes de Courson, dont 3 instrumentaux et 9 chansons sur des paroles de Patrick Modiano : Les Escaliers, La Polka des grosses dames, Le Commandeur, Mouche la rêveuse, La Coco des enfants sages, Les Romans photos, Le Mélé-Cass, La Complainte de Roland Garros, Ma liliputienne. Les chansons sont toutes interprétées par Hughes de Courson, sauf Mouche la rêveuse (Véronique Harvey) et La complainte de Roland Garros (Brian Gulland).

Plusieurs arrangements sont signés Bruno Coulais, aujourd’hui plus connu comme compositeur de musiques de films (Himalaya, Microcosmos, Les Choristes, Genesis…).

Avec Hughes de Courson, Véronique Harvey et Brian Gulland participeront ensuite, vers 1979-1980, à l’aventure du groupe Malicorne. Brian Gulland, grand dormeur, a notamment inspiré la chanson de Malicorne Dormeur.

Le site de Home Records détaille l’histoire du disque et permet d’écouter des extraits.
Le site Le Roseau répond, lui, à la question : que sont devenus tous ceux qui ont participé au disque ? Il permet aussi d’acheter le CD et de l’écouter en ligne (via Radio Roseau).

Le groupe Casse-Pipe a enregistré plusieurs sympathiques reprises de chansons de cet album. Les Escaliers et La Coco des enfants sages figurent sur le premier disque du groupe, Chansons noires - Tome I (fin 1993). Le Mélé-Cass se retrouve sur l’album Café du siècle (1995).
Futur pilier de Casse-Pipe, Louis-Pierre Guinard avait enregistré dès 1987 avec son groupe précédent, appelé Bal Perdu, un 45 tours comportant une reprise du Mélé-Cass.

La pochette de l'unique disque
de Bal Perdu