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mardi 26 mai 2026

Le prochain Modiano retitré "L'Eléphant"

 


Un an après son livre-enquête 70 bis, entrée des artistes, cosigné avec Christian Mazzalaï, Patrick Modiano s'apprête à publier un nouveau roman. 

Son titre a changé. Celui initialement annoncé, Derrière les vitres, a été remplacé sur les sites des libraires, courant juin, par L'Eléphant. 

Il sortira le 1er octobre 2026, toujours dans la collection blanche de Gallimard. Le prix annoncé est de 19 euros. 

Quel éléphant se cache derrière les vitres ? Comment le même livre peut-il porter des titres aussi différents ? Mystère à ce stade. 

Le résumé d’une phrase fourni par Gallimard laisse l’énigme intacte : « Le narrateur observe les appartements d’Yvonne Beulaigne et de madame Thouvenin, qu’il retrouve vides. »

L'expression « derrière les vitres » était déjà apparue plusieurs fois sous la plume de Patrick Modiano, grand arpenteur des villes en général, de Paris en particulier, toujours curieux de ce que peuvent cacher ses façades et ses fenêtres. 

Dans le roman Villa Triste, en 1975, on trouve ce passage : "Les cafés se succédaient. Derrière les vitres du dernier, quatre jeunes garçons aux coiffures à crans, jouaient au baby-foot."

Dans son texte autobiographique Ephéméride, en 2001, Patrick Modiano écrivait : "Les dimanches soir d'hiver, le vent soufflait sur la place du Panthéon. A droite, une lumière derrière les vitres : le commissariat de police, l'un des plus inquiétants de Paris."

En 2014, dans son discours de réception du Prix Nobel, il évoquait de nouveau les vitres des grandes villes : "Edgar Poe dans sa nouvelle « L’homme des foules » a été l’un des premiers à évoquer toutes ces vagues humaines qu’il observe derrière les vitres d’un café et qui se succèdent interminablement sur les trottoirs. Il repère un vieil homme à l’aspect étrange et il le suit pendant la nuit dans différents quartiers de Londres pour en savoir plus long sur lui. Mais l’inconnu est « l’homme des foules » et il est vain de le suivre, car il restera toujours un anonyme, et l’on n’apprendra jamais rien sur lui. Il n’a pas d’existence individuelle, il fait tout simplement partie de cette masse de passants qui marchent en rangs serrés ou bien se bousculent et se perdent dans les rues."

Dans La Danseuse aussi, en 2023, ces trois mots revenaient à propos d'une chambre éclairée par les lumières des fenêtres de l'immeuble d'en face : "Ces fenêtres, je les regardais souvent et je finissais par reconnaître les silhouettes qui passaient derrière les vitres."

A noter : Derrière la vitre, au singulier, est déjà le titre d'un roman publié chez Gallimard. Il s'agit d'un texte de Robert Merle datant de 1970 et racontant une journée de la vie à Nanterre, juste avant mai 1968.




mardi 30 décembre 2025

Au 70 bis, Modiano croise les fantômes de Montparnasse


Dans « 70 bis entrée des artistes », cosigné avec Christian Mazzalai, le Prix Nobel rouvre la porte du 70 bis, rue Notre-Dame-des-Champs, une adresse parisienne qui vit défiler Monet, George Sand, Rodin, Picasso et bien d’autres.


Il n’y a que chez Patrick Modiano que l’on trouve pareils personnages. 

Samuel Granowsky, dit « le cow-boy de Montparnasse ». Un Ukrainien sans le sou, peintre, modèle, petit rôle dans des films muets, qui sillonnait à cheval les rues du quartier dans l’entre-deux-guerres, coiffé d’un chapeau texan. « La concierge du 70 bis, Mme Davaze, se rappelait encore dans les années 1960 les visites que le cow-boy de Montparnasse faisait à Tanaka », son ami peintre, et du « claquement régulier des sabots de son cheval », écrit Modiano. Arrêté lors de la rafle du Vél’d’Hiv, en juillet 1942, Samuel Granowsky fut déporté peu après à Auschwitz. Faux Texan, vrai juif.

Samuel Granowsky

Un cow-boy assassiné, son amie Aïcha, « moitié Martiniquaise, moitié Flamande », Yasushi Tanaka, mais aussi Claude Monet, George Sand, Auguste Rodin et Camille Claudel, Jules Michelet, Pablo Picasso, Claude Cahun… Sans oublier une kyrielle d’inconnus nommés Auguste Toulmouche ou encore le Suédois Nils von Dardel, « dont on disait qu’il était “le plus bel homme de Montparnasse” avec Modigliani et le peintre Abdul Wahab ». Tous surgissent de l’ombre en un cortège improbable et bigarré dans 70 bis entrée des artistes. Un nouveau Modiano assez atypique, et plutôt mineur, décevant pour certains, réjouissant pour d'autres. 

Si le Prix Nobel de littérature 2014 y retrouve ses obsessions pour Paris, le demi-monde et les années sombres, il surprend en menant pour une fois l’enquête avec d’autres. A commencer par Christian Mazzalai, qui cosigne le livre. Le guitariste, cofondateur du groupe pop-rock Phoenix, est le premier à s’être intéressé au « 70 bis ». Fréquentant Montparnasse, il avait repéré une Américaine qui s’arrêtait parfois devant ce numéro de la rue Notre-Dame-des-Champs. Elle a fini par lui dire que son père était « peut-être » l’écrivain Ezra Pound, qui avait habité sur place. 

Ainsi a débuté l’aventure, à laquelle Mazzalai a vite associé son ami Modiano, de trente-deux ans son aîné. Les deux hommes ont même joué les spéléologues « dans les caves encombrées du 70 bis ».

Mazzalai déniche des archives, Modiano tient la plume et dit « je ». Ensemble, ils font revivre cet endroit méconnu, une cour avec des ateliers d’artistes, et, au fond, « une petite maison champêtre ». Des dizaines d’écrivains, peintres et sculpteurs y ont trouvé abri depuis le Second Empire. Des Français, beaucoup d’Américains. Le peintre Jean-Léon Gérôme avait créé sur place un lieu de rendez-vous, La Boîte à thé, et Théophile Gautier, Berlioz ou encore Tourgueniev purent y croiser Jacques, le singe adoré du peintre Gérôme, avant de laisser la place à d’autres vagues de créateurs.

Passionné de vieux papiers, inlassable arpenteur de Paris, Modiano est ici chez lui. En fouillant l’histoire de ce phalanstère artistique, il tombe comme par hasard sur des noms, des mots qui hantent son œuvre, « Gurdjieff »« Chevreuse », « bottin »,  « Hedy Lamarr », « Engadine »… Et, à son habitude, il nimbe le tout d’une fine couche de brume et de conditionnel : « Il est donc possible que le Proust de 20 ans ait aussi rendu visite à Harrison au 70 bis et qu’il ait croisé le comte Wrangel. »

Dans Une semaine à Paris, en juin 1930, une des rares traces de l'existence de Margaret Train Embrée


La nouveauté est que, associé à Christian Mazzalai, l’écrivain fait aussi participer le lecteur à l’enquête, en entrecoupant son texte d’archives à décrypter : photos (un peu comme dans son album sur des images de Brassaï), vieille enveloppe, coupures de presse, petites annonces d’il y a un siècle. Autant d’énigmes, de questions lancées « tels des signaux de morse ». Qu’est devenue la mystérieuse portraitiste Margaret Train Embrée, au nom si merveilleux, après son passage au 70 bis ? Et la Société Vérité, qui y vendait des lits pliants pouvant se transformer en valise ? Ecrire à la rédaction, qui transmettra.

Denis Cosnard

mercredi 9 août 2017

Nos débuts dans la vie - Présentation de la pièce de Patrick Modiano




La pièce de théâtre Nos débuts dans la vie est, avec le roman Souvenirs dormants, l'un des deux livres de Patrick Modiano parus le 26 octobre 2017 dans la collection Blanche de Gallimard, l'éditeur historique de l'écrivain. 

Patrick Modiano : "La publication simultanée de Souvenirs dormants et d'une pièce de théâtre n'est sans doute pas le fruit du hasard. Les mots "un début dans la vie" apparaissent dans une page de Souvenirs dormants, mais l'un des deux livres ne pouvait être écrit que sous une forme théâtrale, car c'est un texte sur le théâtre." (entretien accordé au bulletin Gallimard à l'occasion de la sortie des deux livres). 

Présentation de la pièce par l'éditeur : 
"Déambulant dans un théâtre, à la recherche de la loge où il retrouvait autrefois Dominique, alors jeune première, Jean revit sa jeunesse où, écrivain débutant, il rêvait d'être publié tandis que la jeune comédienne guettait les premiers signes du succès. Réécriture personnelle de «La Mouette» de Tchekhov, cette pièce reprend les grands motifs autobiographiques qui traversent l'oeuvre de Modiano."

Fils d’une comédienne, Patrick Modiano a été tenté dès sa jeunesse par le travail dramatique. «J’avais toujours écrit des pièces parallèlement aux romans, mais je les laissais traîner dans les tiroirs», confie-t-il en 1974. C'est l'époque où pour la première fois, des comédiens jouent une de ses œuvres. Cette pièce, La Polka, créée en mai 1974 au Gymnase-Marie Bell, à Paris, n'a cependant pas le succès attendu. Elle est étrillée par la critique. Faute de trouver son public, La Polka est vite retirée de l’affiche. Modiano en gardera le souvenir cuisant d’un "véritable désastre". 

Il ne revient au théâtre que par la bande, en 1983, avec Poupée blonde. Ce livre cosigné avec le dessinateur Pierre Le-Tan se présente comme un programme de pièce de théâtre à l’ancienne, fleurant délicieusement les années 1940 ou 1950. On y lit les dialogues, avec leurs didascalies soignées. Cependant l’ensemble prend sa valeur grâce à tout ce qui se trouve autour : les fausses publicités pour des marques de luxe ou des cabarets, les photographies de l’auteur et des comédiens, etc. Il s'agit d'une sorte de parodie, ou d'auto-pastiche par rapport à La Polka

Depuis Poupée blonde, Modiano n'avait plus écrit pour le théâtre. 

Sa nouvelle pièce, Nos débuts dans la vie, se révèle éminemment "modianesque". Le titre évoque en particulier ce passage de Quartier perdu (1985) : "Ne vous inquiétez pas : tous ces gens qui ont été les témoins de vos débuts dans la vie vont peu à peu disparaître. Vous les avez connus très jeune, quand c'était déjà le crépuscule pour eux." 

Il fait aussi songer aux tout derniers mots de La Petite Bijou (2001) : "J'ai entendu longtemps encore le bruissement des cascades, un signe que pour moi aussi, à partir de ce jour-là, c'était le début de la vie." Sans oublier ces deux phrases extraites de Dans le café de la jeunesse perdue (2007): "Nous finissions par ne plus très bien savoir, Louki et moi, ce que nous faisions là au milieu de tous ces inconnus. Tant de gens croisés à nos débuts dans la vie, qui ne le sauront jamais et que nous ne reconnaîtrons jamais." 

Quant aux personnages, leurs prénoms marquent un ancrage autobiographique certain : Jean est le premier prénom de Patrick Modiano, Dominique est celui de sa femme

lundi 7 août 2017

Souvenirs dormants - Présentation du roman de Patrick Modiano


Souvenir dormants est, avec la pièce de théâtre Nos débuts dans la vie, l'un des deux livres de Patrick Modiano parus le 26 octobre 2017 dans la collection Blanche de Gallimard, l'éditeur historique de l'écrivain

Patrick Modiano : "La publication simultanée de Souvenirs dormants et d'une pièce de théâtre n'est sans doute pas le fruit du hasard. Les mots "un début dans la vie" apparaissent dans une page de Souvenirs dormants, mais l'un des deux livres ne pouvait être écrit que sous une forme théâtrale, car c'est un texte sur le théâtre." (entretien accordé au bulletin Gallimard à l'occasion de la sortie des deux livres).

Le roman est publié simultanément sous forme de livre papier et de CD, le texte étant lu par l'acteur Christian Gonon, de la Comédie Française.



Présentation par l'éditeur : 

"Souvenirs dormants suit la trace de six femmes, rencontrées puis perdues de vue, autour du début des années 60. La première et la deuxième, vagues relations de son père et de sa mère, sont surtout des prétextes de fugue, pour échapper à la tutelle de ses parents. La troisième se prénomme Geneviève Dalame. Elle appartient au milieu ésotérique et lui fait rencontrer Madeleine Péraud et Madame Hubersen qui fréquentent les mêmes cercles. Des trois, celle qui le marquera le plus est certainement Geneviève Dalame, la « somnambule », qui semblait marcher à « côté de sa vie ». C'est d'ailleurs la seule qu'il retrouve, six ans plus tard, au détour d'une rue, accompagnée d'un enfant. Le cas de la dernière, dont il tait le nom, est encore bien différent. Il l'a vu tirer sur un homme dans une soirée, et s'est rendu complice d'elle en organisant sa fuite, jetant son arme et lui servant de couverture pendant une sorte de cavale de plusieurs semaines. L'inquiétude d'une arrestation ne le quittera pas jusqu'à ce qu'il la recroise, vingt ans après, aux Buttes Chaumont. 

Parfaite illustration de «cet art de la mémoire» qui lui a valu le prix Nobel de littérature, Souvenirs dormants peut se lire comme un roman d'apprentissage, une éducation sentimentale, un précis sur le souvenir, un mystérieux traité d'ésotérisme. Un livre magnifique porté par une méditation troublante sur la répétition, les « éternels retours » dans la vie et l'écriture."  




Le personnage de Geneviève Dalame apparaissait déjà dans un précédent roman de Patrick Modiano, Accident nocturne (2003). 
Cette "fille blonde à la peau très pâle" vivait alors dans l'ombre d'un certain docteur Bouvière qui déambulait parfois dans Paris avec une "démarche de somnambule".

De même, une Geneviève (et non Madeleine) Péraud, adepte du spiritisme, figurait dans Des Inconnues (1999).


L'écrivain s'était par ailleurs déjà intéressé au milieu ésotérique dans deux autres romans, Chien de printemps (1993) et surtout L'Horizon (2010), en s'inspirant alors de L’Occultisme à Paris, un fascicule de 1953 signé Pierre Geyraud.

samedi 10 octobre 2015

Patrick Modiano fait redécouvrir l'unique livre de Françoise Frenkel


Tout le monde avait oublié Françoise Frenkel, cette jeune intellectuelle juive polonaise qui ouvrit une librairie française à Berlin dans les années vingt puis se cacha dans la France occupée. Son unique livre, Rien où poser la tête, publié en 1945, avait vite sombré dans l'oubli. Il reparaît le 15 octobre aux éditions L'Arbalète Gallimard, avec une préface de Patrick Modiano (la préface et les premières pages peuvent être consultées ici).
"Ce qui fait la singularité de Rien où poser sa tête c'est qu'on ne peut pas identifier son auteur de manière précise, écrit Modiano dans sa préface. Je préfère ne pas connaître le visage de Françoise Frenkel, ni les péripéties de sa vie après la guerre, ni la date de sa mort. Ainsi son livre demeurera toujours pour moi la lettre d'une inconnue, oubliée poste restante depuis une éternité et que vous recevez par erreur, semble-t-il, mais qui vous était peut-être destinée". 
e à Piotrków en Pologne, Frymeta Idesa Frenkel dite Françoise Frenkel étudie la littérature à Paris, à la Sorbonne. Puis elle part pour Berlin où elle fonde en 1921 la première librairie française. Elle la tient avec son mari, Simon Rachenstein, qui est absent du livre, précise Modiano dans son texte. 

Le succès est rapidement au rendez-vous. "L'élite allemande commença à paraître, d'abord très prudemment, dans ce nouveau havre du livre français. Puis les Allemands se montrèrent de plus en plus nombreux: philologues, professeurs, étudiants, et les représentants de cette aristocratie dont l'éducation fut fortement influencée par la culture française", raconte Françoise Frenken dans son livre. 

Les Français de passage dans la capitale allemande rendent également visite à la librairie, rapporte-t-elle, citant "Claude Anet, Henri Barbusse, Julien Benda, madame Colette, Debroka, Duhamel, André Gide, Henri Lichtenberger, André Maurois, Philippe Soupault, Roger Martin du Gard".

Mais être juive dans l'Allemagne nazie, et y tenir une librairie française, deviennent de plus en plus compliqués au fil des années 1930. En août 1939, le consulat français lui conseille fortement de quitter la ville avec les autres Français de Berlin. C'est ainsi qu'elle se résout à rejoindre Paris... quelques jours seulement avant le début de la seconde guerre mondiale.

François Frenkel ne reste guère dans la capitale. Grâce à des amis, elle obtient des laisser-passer pour Avignon, puis Vichy, puis Nice. Ce qu'elle voit la désole. "Des juifs, de tous les pays occupés, tournaient dépaysés, sans but et sans espoir, dans une inquiétude et une agitation toujours grandissantes."

La première édition du livre
de Françoise Frenkel
En 1942, elle se fait recenser comme juive. Mais elle mesure le danger qu'il y a à rester dans cette France occupée qui fait la chasse aux juifs. Elle tente de passer en Suisse, et se fait arrêter alors qu'elle essaye de passer la frontière. La seconde tentative sera la bonne, en juin 1943. 

C'est là, en Suisse, qu'elle vit jusqu'à la fin de la guerre. C'est aussi une maison d'édition suisse, Jeheber, à Genève, qui publie dès septembre 1945 son témoignage, écrit dans un français parfait. Son titre constitue sans doute une allusion aux évangiles : "Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’Homme n’a pas où poser sa tête". 

Qu'est devenue ensuite Françoise Frenkel ? Nul ne le sait précisément. Elle est morte à Nice en janvier 1975. 

C'est précisément dans cette ville que l'écrivain Michel Francesconi découvre un exemplaire du livre de Françoise Frenkel en 2010, lors d'un déballage des compagnons d'Emmaüs. "
J'ai été attiré par le titre", a-t-il indiqué à l'AFP.

Il en parle autour de lui, et une de ses amies, Valérie Scigala, en publie quelques mois plus tard de nombreux extraits sur son blog, Véhesse. C'est ainsi que le livre sort peu à peu de l'oubli, jusqu'à parvenir à Gallimard, et à Modiano. Le Prix Nobel est d'autant plus touché qu'une partie du récit se déroule dans des lieux qu'il connaît bien, comme Anneçy.  


Une recension du livre de Françoise Frenkel parue en 1946 dans Le mouvement féministe,
organe officiel de l'Alliance nationale des sociétés féminines suisses

samedi 14 mars 2015

Choura en collection de poche



A la suite du prix Nobel de littérature attribué à Patrick Modiano le 9 octobre 2014, les éditions Gallimard viennent de publier en collection de poche les deux albums pour enfants cosignés par l'écrivain (pour les textes) et son épouse Dominique Zehrfuss (pour les illustrations) : Une aventure de Choura et Une fiancée pour Choura.

Sortis initialement en 1986 et 1987, ces deux albums qui racontent les aventures de Choura, un labrador blanc épris de liberté, ont longtemps été épuisés, faisant monter d'autant leur cote sur le marché de l'occasion.

Ils sont publiés cette fois-ci dans la collection L'heure des histoires de Gallimard Jeunesse, sous les numéros 97 et 98.

jeudi 19 février 2015

Le discours de Stockholm édité par Gallimard


L'Académie suédoise a décerné, le 9 octobre 2014, le prix Nobel de littérature à Patrick Modiano «pour son art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l'Occupation». 

A l'occasion de la remise de ce prix, l'écrivain a prononcé le 7 décembre 2014 à Stockholm un superbe discours d’une quarantaine de minutes. Un grand moment de littérature, dans lequel il s’exprime sur l’écriture, la mémoire et l’oubli.

C'est ce texte de 40 pages que Gallimard, le principal éditeur de Patrick Modiano, a publié dans sa collection blanche, le 19 février 2015, sous le titre Discours à l'Académie suédoise.



jeudi 2 octobre 2014

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, de Patrick Modiano


Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, 28e roman de Patrick Modiano, est paru le 2 octobre 2014, dans la collection blanche de Gallimard.

Ce roman de 160 pages compte onze chapitres, et s'ouvre sur une citation de Stendhal : "Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n'en puis présenter que l'ombre"



L'intrigue 
Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d'adresses de l'écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous et le voilà embarqué malgré lui dans l'enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel. 

Le premier paragraphe  
"Presque rien. Comme une piqûre d’insecte qui vous semble d’abord très légère. Du moins c’est ce que vous vous dites à voix basse pour vous rassurer. Le téléphone avait sonné vers quatre heures de l’après-midi chez Jean Daragane, dans la chambre qu’il appelait le «bureau». Il s’était assoupi sur le canapé du fond, à l’abri du soleil. Et ces sonneries
qu’il n’avait plus l’habitude d’entendre depuis longtemps ne s’interrompaient pas. Pourquoi cette insistance ? À l’autre bout du fil, on avait peut-être oublié de raccrocher. Enfin, il se leva et se dirigea vers la partie de la pièce près des fenêtres, là où le soleil tapait trop fort." 

Les premières pages du roman peuvent être consultées sur le site d'Eden Livres, en cliquant ici

L'extrait au dos du roman 
"— Et l’enfant ? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant ?
— Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…
— Ils l’avaient certainement inscrit à une école…
— Oui. À l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.
— Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…
— Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…" 


La couverture de Télérama (2 octobre 2014)

Interviews 
Patrick Modiano a accordé plusieurs entretiens à l'occasion de la parution de ce roman. 

-"Celui qui écrit a besoin que subsiste une certaine opacité", entretien à l'hebdomadaire Télérama, qui lui consacre la couverture de son numéro du 2 octobre (un extrait est disponible sur le site de Télérama)


-"Modiano dans le texte", entretien avec Jérôme Garcin (Le Nouvel Observateur): 10 extraits du roman commentés par l'auteur (2 octobre)



Critiques

-Modiano, un enfant passe, par Claire Devarrieux (Libération, 2 octobre) 
Particulièrement intéressant, cet article éclaire plusieurs références cachées du livre, et signale une différence entre les épreuves envoyées à la presse et la version définitive : un numéro de portable a disparu.

-Une rêverie déchirante, par Nathalie Crom (Télérama, 1er octobre) 

-Patrick Modiano et Annie Ernaux sur le fil incertain de leur mémoire, par Pierre Assouline (blog La République des livres) 

-Modiano, opus 28, par Aliette Armel (blog La vie en livres)

-Patrick Modiano, ou l'artiste du halo, par Jean-Paul Enthoven (Le Point, 2 octobre)

-Le chagrin Modiano, par François Busnel (Lire/L'Express)

-Créateur d'ambiance, par Eric Chevillard (Le Monde, 3 octobre)
L'un des articles les plus réservés parus sur ce roman. "Les inconditionnels vanteront encore la fameuse 'petite musique' de Modiano, mais n'est-ce pas la définition même de la rengaine?" 

-Lambeaux d'un passé obscur, par Jean-Claude Raspiengeas (La Croix, 1er octobre)

-Profession vaporisateur, par Denis Cosnard (Le Monde,  10 octobre)
A l'occasion du Nobel, une présentation de la façon dont Modiano "vaporise" des histoires vraies dans ses fictions. Ici, l'affaire Petiot.

-Modiano écrit-il toujours le même livre ?, par Christophe Bigot (BibliObs, 5 décembre)  
Une très fine analyse des liens entre ce roman et Remise de peine, et de l'originalité de celui-ci.

-Amid the yellowed clippings, par Henri Astier (Times Literary Supplement)

Voir aussi, sur ce blog : Modiano et Saint-Leu-la-Forêt (à propos de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier)

Traductions 

-So you don't get lost in the neighborhood (Houghton Mifflin Harcourt, 2015, translated by Euan Cameron)

-Para que no te pierdas en el barrio (Anagrama, 2015, trad. María Teresa Gallego Urrutia)



mardi 26 août 2014

Les premières pages du nouveau Modiano



Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, le nouveau roman de Patrick Modiano, doit paraître le 2 octobre, dans la collection blanche de Gallimard.

Près de 160 pages, onze chapitres, une citation de Stendhal pour ouvrir le livre, et une intrigue parfaitement modianesque : 


"Un jour, deux inconnus qui prétendent avoir retrouvé le carnet d'adresses de l'écrivain Jean Daragane insistent pour le rencontrer. Celui-ci leur accorde un rendez-vous et le voilà embarqué malgré lui dans l'enquête que ces deux jeunes mènent sur un certain Guy Torstel."


Le premier paragraphe : 

"Presque rien. Comme une piqûre d’insecte qui vous semble d’abord très légère. Du moins c’est ce que vous vous dites à voix basse pour vous rassurer. Le téléphone avait sonné vers quatre heures de l’après-midi chez Jean Daragane, dans la chambre qu’il appelait le «bureau». Il s’était assoupi sur le canapé du fond, à l’abri du soleil. Et ces sonneries
qu’il n’avait plus l’habitude d’entendre depuis longtemps ne s’interrompaient pas. Pourquoi cette insistance ? À l’autre bout du fil, on avait peut-être oublié de raccrocher. Enfin, il se leva et se dirigea vers la partie de la pièce près des fenêtres, là où le soleil tapait trop fort."



Les premières pages du roman peuvent déjà être consultées sur le site d'Eden Livres, en cliquant ici.

On y retrouve le ton habituel de l'enquêteur Modiano, avec ses cafés parisiens, ses rues de Jouy-en-Josas et ses personnages (Guy Torstel, Chantal Grippay...) reliés plus ou moins souterrainement aux épisodes les plus sombres de la Collaboration.
 

L'extrait au dos du roman : 

"— Et l’enfant ? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l’enfant ?
— Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu’il était devenu… Quel drôle de départ dans la vie…
— Ils l’avaient certainement inscrit à une école…
— Oui. À l’école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d’une grippe.
— Et à l’école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage…
— Non, malheureusement. Ils ont détruit l’école de la Forêt il y a deux ans. C’était une toute petite école, vous savez…" 



Sur Twitter, les commentaires des premiers lecteurs 




Les premières critiques

-Patrick Modiano et Annie Ernaux sur le fil incertain de leur mémoire, par Pierre Assouline (blog La République des livres) 

-Modiano, opus 28, par Aliette Armel (blog La vie en livres)

samedi 1 mars 2014

Remise de peine analysé par Emna Beltaïef



Une monographie consacrée à Remise de peine, l'un des récits les plus poignants de Patrick Modiano, vient de paraître. 
Elle est signée par Emna Beltaïef, qui est professeur de littérature française à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, et a déjà consacré plusieurs articles à Modiano.

Clair et écrit très lisiblement, cet ouvrage analyse en détail 
Remise de peine, notamment la façon dont ce récit publié en 1988 se rapproche du conte de fées. 
Il établit des liens intéressants entre ce livre et d'autres textes de l'auteur, notamment Dieu prend-il soin des boeufs?, considéré d'une certaine façon comme une  "réécriture" de Remise de peine
Cette étude propose aussi un décryptage pertinent de la très poétique liste de 31 garages qui figure dans le livre de Modiano. 

L'ouvrage d'Emna Beltaïef n'est cependant pas totalement convaincant. La thèse principale est que Remise de peine relève de l'autobiographie. Il s'agirait du "premier volet d’un diptyque autobiographique: un récit d’enfance placé sous le signe d’une nostalgie nourrie par la présence de la figure fraternelle et une autobiographie officielle, Un pedigree, qui, à l’inverse, rompt avec l’héritage familial."
Or, toute une série d'éléments montre que ce récit n'est pas une pure autobiographie : plusieurs noms de personnes ont été changés, plusieurs noms de lieux aussi, l'écriteau "Propriété réquisitionnée par l’Armée américaine pour le brigadier général Franck Allen" qui se trouvait dans la réalité à Barbizon a été déplacé vers le village inspiré de Jouy-en-Josas qui sert de cadre à Remise de peine, etc. 
Plus qu'une autobiographie, ce texte sans statut générique établi semble constituer une autofiction, un texte nourri d'éléments tirés de la réalité auxquels l'écrivain ajoute une dose de brouillard, et qui laisse le lecteur en proie à un délicieux doute :  le narrateur Patoche est-il vraiment Patrick Modiano? S'agit-il d'une fiction, d'une autobiographie?

Emna Beltaïef formule par ailleurs l'hypothèse que la "Andrée K." de Remise de peine serait "bel et bien la même personne" qu'Andrée Roger, dite Lydia Rogers, la maîtresse de Guy de Voisins qui apparaît dans d'autres ouvrages de Modiano. Mais rien ne vient justifier cette identification. Comme l'ont souligné plusieurs autres critiques (Denise Cima, Jules Bedner, Alan Morris), cette "Andrée K" renvoie plutôt à Andrée Karvé, qui figure dans De si braves garçons et Quartier perdu


Remise de peine, de Patrick Modiano. Voyage au pays de l'enfance, par Emna Beltaïef.
288 pages
Editions L'Harmattan, mai 2013.
Prix: 33 euros, 35 euros hors Belgique et France

samedi 31 août 2013

Premier roman pour Marie Modiano

Marie Modiano
(photo Hélie/Gallimard)
Marie Modiano marche de plus en plus dans les pas de son père. Après avoir écrit des chansons, des poèmes, là voici qui publie son premier roman, Upsilon Scorpii, du nom d'une étoile de la constellation du Scorpion. 

Ces 192 pages paraissent le 26 septembre chez Gallimard, le même éditeur que son père, mais dans la collection L'arbalète et non la collection blanche. 

"Poétique et subtil", le roman de Marie Modiano "retranscrit au plus près le tumulte intérieur qui habite son beau personnage de jeune femme perdue", indique Gallimard pour présenter le texte.

En quelques mots : 
La jeune narratrice vit en marge dans une ville, chez un certain Freddie. Quand elle ne prête pas sa voix à une radio d'État, elle partage son temps entre de longues errances, des travaux d'intérêt public et des rendez-vous avec des médecins pour guérir une maladie dont elle ignore le nom. Quand Freddie disparaît, ne laissant qu'une adresse à la montagne, elle part à sa recherche.


La couverture du roman
Extrait : 
"Dimanche 11 janvier. Les cloches sonnent sans relâche : c’est la fête de la Sainte Naufragée. Je n’aime pas ce jour de l’année, il fait toujours gris, et c’est toujours dimanche. Freddie et moi ne sortons pas de la journée. Je feuillette le livre que j’ai acheté sur les constellations. Je n’y comprends pas grand-chose, mais je note dans mon cahier jaune le nom des étoiles dont j’aime la sonorité : Zeta Persi, Mu Geminorum, Xi Draconis, Upsilon Scorpii… Je coupe les cheveux de Freddie, avec peine parce qu’il bouge sans cesse. Heureusement, il ne remarque pas le grand trou que je lui fais sur la nuque. Il semble ravi de sa nouvelle coupe, et je souris à l’intérieur de moi-même."

A lire aussi :
Marie Modianesque, par Frédéric Beigbeder (Le Figaro, 29 novembre 2013)

Les jeux d'ombre et de lumière de Marie Modiano (Le Monde, 25 octobre 2013)

dimanche 21 avril 2013

Dix livres de Modiano réunis en un volume

Les éditions Gallimard ont réuni en un volume de leur collection Quarto dix des principaux livres de Patrick Modiano, sous la bannière "romans".  

L'ouvrage compte 1088 pages, dont un cahier iconographique rassemblant 62 illustrations (photographies des parents de l'écrivain, de son frère, de son épouse et de leurs deux filles, de Raymond Queneau, de Porfirio Rubirosa, du collège du Montcel, etc.)

Parution le 7 mai 2013. 

Les dix titres en cause, choisis par Patrick Modiano à partir d'une première liste élaborée par Gallimard, sont : Villa Triste (1975), Livret de famille (1977), Rue des boutiques obscures (1978), Remise de peine (1988), Chien de printemps (1993), Dora Bruder (1997), Accident nocturne (2003), Un pedigree (2005), Dans le café de la jeunesse perdue (2007) et L'Horizon (2010). 

Plusieurs de ces textes ne sont en réalité pas des romans, notamment Dora Bruder, enquête sur une jeune fugueuse, et l'autobiographie Un pedigree. De même, Remise de peine n'est "pas vraiment" un roman aux yeux de son auteur, indique-t-il dans un entretien à Libération (10 mai 2013). 

«Ces "romans" réunis pour la première fois forment un seul ouvrage et ils sont l'épine dorsale des autres, qui ne figurent pas dans ce volume. Je croyais les avoir écrits de manière discontinue, à coups d'oublis successifs, mais souvent les mêmes visages, les mêmes noms, les mêmes lieux, les mêmes phrases reviennent de l'un à l'autre, comme les motifs d'une tapisserie que l'on aurait tissée dans un demi-sommeil.

Les quelques photos et documents reproduits au début de ce recueil pourraient suggérer que tous ces "romans" sont une sorte d'autobiographie, mais une autobiographie rêvée ou imaginaire. Les photos mêmes de mes parents sont devenues des photos de personnages imaginaires. Seuls mon frère, ma femme et mes filles sont réels.

Et que dire des quelques comparses et fantômes qui apparaissent sur l'album, en noir et blanc? J'utilisais leurs ombres et surtout leurs noms à cause de leur sonorité et ils n'étaient plus pour moi que des notes de musique.»

A l'occasion de la parution de ce volume, Patrick Modiano a donné au Monde du 2 mai 2013 une liste commentée de ses lectures
Il a également accordé à Libération (10 mai 2013) une longue interview présentée en deux parties. Il y revient sur chacun des dix livres ainsi rassemblés, ainsi que sur la sélection qu'il a opérée
"C’était compliqué de choisir, comme un jeu de cube dans lequel il n’y aurait pas assez de places. C’est absurde. Il ne fallait pas dépasser dix titres. Au début, ils [Gallimard] avaient mis mon premier livre mais, en ce cas, il aurait fallu mettre les deux suivants. Alors j’ai préféré commencer par Villa Triste. C’est difficile parce que beaucoup de choses se répètent de livre en livre. Sans relire, j’ai essayé d’éliminer ceux qui étaient trop proches. J’ai pensé que certains faisaient double emploi. Mais j’aurais été incapable d’établir la première liste. On n’est pas lucide, on n’est jamais le lecteur de ses propres livres."


A lire aussi : 
"Inconnu à cette adresse", par Pierre Assouline 
- "Modiano biographe de ses fantômes", par Richard Millet