lundi 14 octobre 2019

Encre sympathique : critiques et entretiens

Patrick Modiano interrogé par RTL
en octobre 2019 (capture d'écran)


A l'occasion de la sortie de son roman Encre sympathique (Gallimard), Patrick Modiano a accordé une série d'entretiens :

"Je suis un enfant du hasard" (entretien avec Marie-Laure Delorme, Le JDD)
"Je préfère écrire à la dérobée" (entretien avec Raphaëlle Leyris, Le Monde)

A lire aussi, les critiques du livre : 

"Encre sympahique", Modiano à la recherche du temps perdu (Nelly Kapriélan, Les Inrockuptibles)
Patrick Modiano dans les brumes de l'oubli (Jean-Claude Raspiengeas, La Croix)
Patrick Modiano ou l'éternel retour (Jacques Lindecker, L'Alsace
Patrick Modiano : la magie de son "Encre sympathique" (Laurence Houot, France Télévisions)
Modiano, la trace et le territoire (Claire Lévy-Vroelant, Libération)
"Encre sympathique", le sourire Modiano (Marguerite Baux, Grazia
Patrick Modiano et les trous de mémoire (Pierre Maury, Le Soir
Modiano plagie Modiano (Frédéric Beigbeder, Le Figaro
Patrick Modiano, l'écriture pour mémoire (Jean-Claude Lebrun, L'Humanité)
Encre sympathique, de Patrick Modiano (Olivia de Fournas, Famille chrétienne)
"Encre sympathique", de Patrick Modiano ou le mystère de la chemise bleue (Jean-Marie Planes, Sud-Ouest)
Un palimpseste étrange et déroutant (Thierry L., blog La vie errante)
Modiano ou le présent composé (Gilles Cervera, Bretagne actuelle)

jeudi 3 octobre 2019

Une demi-heure avec Modiano



A l'occasion de la publication de son nouveau roman Encre sympathique (Gallimard), Patrick Modiano a accordé un entretien à Bernard Lehut et Yves Calvi, de RTL. Installé dans son appartement parisien, près de son imposante bibliothèque, il explique comment il écrit. 
(Première diffusion le 1er octobre 2019). 

jeudi 19 septembre 2019

La mort de Pierre Le-Tan

La couverture de Rue des boutiques obscures
Le peintre et dessinateur Pierre Le-Tan, qui avait écrit deux livres avec Patrick Modiano et illustré de nombreuses couvertures de ses romans en édition de poche, est décédé mardi 17 septembre 2019 à l'âge de 69 ans. Il souffrait d'un cancer depuis plusieurs années. 

Né en 1950 à Paris, fils du peintre vietnamien Le-Pho, il avait débuté sa carrière à 19 ans en dessinant des couvertures pour le New Yorker.

"J'ai une façon de dessiner qui est asiatique, c'est-à-dire précise, très linéaire, (avec) une espèce de fausse perspective (...) même si mes sujets ne sont pas asiatiques", confiait-il récemment pour un portrait que lui consacrait un magazine de France 5.

A la fois peintre, dessinateur, écrivain, il avait illustré une centaine de livres en français comme en anglais, et cosigné avec Modiano deux livres hors du commun : Memory Lane (1981) et Poupée blonde (1983). 

Patrick Modiano dessiné par Pierre Le-Tan
Ses compositions - mêlant fins traits noirs, ombres hachurées, le tout rehaussé d'un peu d'aquarelle - pouvaient être vues comme des "dessins qui doivent être lus et des mots qui doivent être regardés", disait-il.

Il était l'auteur de plusieurs récits dont Paris de ma jeunesse, dont il venait de préparer une nouvelle version très augmentée (sortie prévue aux éditions Stock en novembre).  

A lire : 

lundi 20 mai 2019

Encre sympathique, Modiano millésime 2019


Deux ans après Souvenirs dormants, un nouveau roman de Patrick Modiano est paru le 3 octobre 2019 dans la collection blanche de Gallimard, son principal éditeur depuis ses débuts en 1968. Preuve que l'obtention du Prix Nobel de littérature en 2014 n'a pas asséché la créativité du romancier.  

Le nouveau livre s'intitule Encre sympathique, un titre qui peut être entendu dans plusieurs sens, comme très souvent chez l'auteur de La Place de l'étoile, de Villa Triste ou encore de Chien de printemps. 

L'encre sympathique, ou encre invisible, est une encre qui n'apparaît qu'en chauffant le papier sur lequel elle a été déposée, ou en employant un autre révélateur. La plus connue est fabriquée à partir de jus de citron. Mais l'encre sympathique peut constituer également une parfaite métaphore de l'écriture de Modiano, avec son style simple, presque neutre, et ses mots, ses souvenirs, qui remontent à la surface, parfois longtemps après.

Couverture d'Encre sympathique, de Denise Bourdet (Grasset, 1966)

Encre sympathique est déjà le titre d'un livre de Denise Bourdet (1899-1967), préfacé par Félicien Marceau et publié chez Grasset en 1966. La veuve du dramaturge Edouard Bourdet, elle même écrivaine et membre du jury du Prix Medicis, y évoquait ses rencontres avec des personnalités des arts et des lettres telles que Louis Aragon, Michel Butor, J.-M. G. Le Clézio, ou Raymond Queneau, un des pères en littérature de Modiano.

Voici le résumé du roman de Modiano, tel que présenté par Gallimard : 



"Trente ans après son passage dans l'agence Hutte, Jean Eyben réouvre le dossier qu'il avait gardé sur la disparition jamais élucidée de Noëlle Lefebvre. Il contient peu de choses. Son adresse 13, rue Vaugelas dans le 15e arrondissement, celle du Dancing de la Marine et celle des magasins Lancel, place de l'Opéra, où elle travaillait. Quelques noms : Gérard Mourade, comédien, Roger Behaviour, Brainos, Sancho, Mollichi... Et un carnet. Des indices qui convergent vers un château en Sologne, Annecy, et puis plus rien. Plus rien, car, un jour, Noëlle Lefebvre a passé la frontière pour une autre vie."

On retrouve ici plusieurs éléments déjà rencontrés dans d'autres livres de Patrick Modiano : l'agence de détective Hutte se trouvait au coeur du roman Rue des Boutiques obscures, Brainos et la rue Vaugelas apparaissaient dans L'Horizon, Annecy servait de décor à Villa Triste...

Gallimard a publié un court extrait du roman : 
«Et parmi toutes ces pages blanches et vides, je ne pouvais détacher les yeux de la phrase qui chaque fois me surprenait quand je feuilletais l’agenda : "Si j’avais su…" On aurait dit une voix qui rompait le silence, quelqu’un qui aurait voulu vous faire une confidence, mais y avait renoncé ou n’en avait pas eu le temps.»

A l'occasion de la sortie du roman, Gallimard a également publié un entretien avec Patrick Modiano. "Nous vivons à la merci de certains « silences » de la mémoire", y indique l'écrivain.

➨ Les autres entretiens accordés par Modiano lors de la parution de ce roman et les nombreuses critiques du livre sont à retrouver ici

lundi 4 mars 2019

Le voile se lève sur "Irène de Tranzé"

Vous souvenez-vous d'Irène de Tranzé ? 

Ce personnage apparaît à plusieurs reprises dans La Ronde de nuit, le deuxième roman de Patrick Modiano (1969). Simone Bouquereau et Irène de Tranzé y sont présentées comme deux "ex-pensionnaires du One-two-two", l'un des bordels les plus chics de Paris durant les années 1940. Elles sont devenues ensuite les "secrétaires" attitrées du "Khédive". Les guillemets placés autour du mot "secrétaires" dans le récit laissent entendre que les deux femmes rendent bien d'autres services au "Khédive", surnom d'un des maîtres du Paris de la Collaboration. 

Elles font partie des personnages troubles et exotiques, fausses comtesses, vrais malfrats, qui évoluent autour du "Khédive", dans cette officine où se mêlent marché noir, lutte contre les Résistants et trafics en tous genres, où l'on torture parfois, mais en buvant du champagne et en valsant au son du piano à queue. "Quelques couples se forment, écrit Patrick Modiano. Costachesco danse avec Jean-Farouk de Méthode, Gaétan de Lussatz avec Odicharvi, Simone Bouquereau avec Irène de Tranzé..." 

Comme leurs comparses de La Ronde de nuit, Simone Bouquereau et Irène de Tranzé ne viennent pas de nulle part. Grand lecteur de Modiano, passionné par l'Occupation, Cédric Meletta a cherché à comprendre les origines de ces personnages. Il y consacre un chapitre de son essai Diaboliques, Sept femmes sous l'Occupation, qui vient de paraître chez Robert Laffont (240 pages, 20 euros). 

Hélène de Tranzé est l'une des sept "Diaboliques"
dont Cédric Meletta retrace le parcours
Le cas de Simone Bouquereau est réglé en quelques lignes : "Vérification faire, Simone Bouquereau se prénomme Suzanne. (...) En 1945, elle fait les gros titres de la presse épurée. C'est une morphinomane présumée, membre de la cinquième colonne qui vraisemblablement passait chez les gestapistes du 93 de la rue Lauriston quand l'occasion s'y prêtait." Dans son autobiographie Un pedigree, Patrick Modiano indique avoir été confié en 1952 à cette Suzanne Bouquerau (sans e), qui habitait alors à Jouy-en-Josas. C'était une amie de sa mère. 

Le dossier d'Irène de Tranzé est traité plus en détail. "Il semble que ce soit la contraction de deux identités ayant joué un rôle pendant la guerre : Irène de Trébert et Hélène de Tranzé", avance Cédric Meletta. Outre leurs patronymes assez proches, "elles ont en commun d'être nées l'été, sur un bateau, d'une mère russophone et chanteuse de surcroît". 

Irène de Trébert
Irène de Trébert (1921-1996), dite Mademoiselle Swing, était une chanteuse fantaisiste. Elle connut un énorme succès dans les années 1940. 

C'est sur Hélène de Tranzé, jusqu'ici très mystérieuse, que Cédric Meletta a concentré ses recherches, écumant les archives françaises, allemandes et américaines. Il est parvenu à retracer toute l'histoire de cette femme, dont les origines se trouvent... en Lettonie : "Hélène de Tranzé est Elena de Tranzē-Rozeneki (en letton) et, après germanisation de l'ensemble, Helena von Transehe-Roseneck", révèle l'écrivain-enquêteur. 

Hélène de Tranzé-Roseneck est née à Narva, dans le comté estonien de Viru-est, le 3 juillet 1925, précise-t-il. Elle arrive en France en 1930, avec ses parents, qui divorcent en 1937. Elle est alors confiée à la garde de son père, Stefan, qui travaille comme contremaître chez Latécoère à Toulouse, puis perd son emploi et n'en trouve pas d'autre. 

Lorsque survient la guerre, la jeune Hélène de Tranzé apprend la dactylographie, et travaille pour deux entreprises toulousaines successives. Mais les dossiers d'instruction indiquent aussi qu'elle se prostitue et se compromet avec le milieu collaborationniste toulousain. 

En 1943, elle déménage à Paris, et se met à oeuvrer pour la "Gestapo géorgienne", une officine similaire à la "Gestapo française" de la rue Lauriston. Cette "Gestapo géorgienne" est alors dirigée par Chalva Odicharia, l'"Odicharvi" de Modiano. Dans ce cadre, "dire qu'Hélène a touché des commissions, passé commande, revendu, donné des noms, c'est une évidence", écrit Meletta.  

L'arrestation d'Hélène de Tranzé,
dans L'Humanité, le 23 septembre 1944
Elle est arrêtée en septembre 1944, en même temps que son chef Odicharia. Elle reconnaît son rôle de secrétaire de la "Géorgienne", ce bureau d'achat doublé d'un cellule d'espionnage, avoue avoir fait du marché noir. En juillet 1945, le procès de la "Gestapo géorgienne" se déroule devant la cour de justice de la Seine. Six des accusés sont condamnés à mort. Le verdict est un peu moins sévère pour Hélène de Tranzé, condamnée aux travaux forcés à perpétuité. 

Le verdict du procès de la "Gestapo géorgienne"
(Le Monde, 6 août 1945)

Après plusieurs années en prison, elle retrouve la liberté au milieu des années 1950, à la condition qu'elle ne réside plus sur le sol national. En 1956, elle quitte ainsi l'Europe pour les Etats-Unis. Dans les années 1960, elle tient une boutique de luxe à Yonkers, une ville située dans le sud de l'État de New York, rapporte Cédric Meletta. Ajourant : "Si elle est encore en vie, Hélène a plus de quatre-vingt-dix ans aujourd'hui".