samedi 23 juin 2012

Marguerite de la nuit vu par Patrick Modiano

Marguerite de la nuit est un film de Claude Autant-Lara, d’après une nouvelle de Pierre Mac Orlan portant le même titre. Le film, une variation sur le mythe de Faust qui a pour vedettes Michèle Morgan, Yves Montand et Jean Debucourt, est sorti en janvier 1956.
Louisa Colpeyn, la mère de Patrick Modiano, y joue un petit rôle, celui d’une comtesse russe.

Patrick Modiano cite ce film parmi ceux dont les titres l’ont fait rêver - peut-être est-ce une des raisons qui l'ont amené à choisir à son tour L'Herbe des nuits pour titre d'un de ses romans.
« C’est un peu comme les rêves de films que je faisais souvent. Je me souviens de certains titres qui me faisaient rêver, il y avait un film qui s’appelait Je reviendrai à Kandara, un autre Marguerite de la nuit, un autre Clara de Montargis – et je me disais que ce n’était même pas la peine de les voir, parce que je serais déçu. Le titre suffisait, on n’avait pas envie de dissiper le mystère » (propos tenus lors de l’émission Cinéma Cinémas 2 le 6 novembre 1990, et cités dans Les Mémoires de Gascogne).

Dans Un pedigree, Modiano évoque ses lectures de la fin des années 1950, dont Marguerite de la nuit : « Dans d’autres livres, je retrouvais le fantastique des rues: Marguerite de la nuit, Rien qu’une femme, La rue sans nom. »

A découvrir sur ce site :
-Patrick Modiano et le cinéma
-la filmographie de Luisa Colpeyn



lundi 4 juin 2012

Un nouveau Modiano pour octobre

   Deux ans et demi après L'Horizon, Patrick Modiano s'apprête à publier son prochain roman. Il paraîtra le 4 octobre prochain, dans la collection blanche de Gallimard comme d'habitude, vient d'annoncer la maison d'édition. Son titre : L'Herbe des nuits

En attendant de découvrir le roman, ce seul titre est déjà extrêmement riche. Il est bien-sûr puissamment "modianesque", et ressemble à un croisement entre Fleurs de ruine  (1991) et La Ronde de nuit (1969).  

Mais on peut aussi entendre dans ce titre des échos d'autres livres. 
Certains songeront sans doute à L'Herbe rouge (1950) et L'Ecume des jours (1947), de Boris Vian. D'autres penseront à Marguerite de la nuit (1925), un roman de Pierre Mac Orlan adapté au cinéma par Claude Autant-Lara trente ans plus tard, et cité par Modiano comme l'un des titres qui, adolescent, le faisaient rêver: "Je me disais que ce n’était même pas la peine de les voir, parce que je serais déçu. Le titre suffisait, on n’avait pas envie de dissiper le mystère", avait-t-il confié en 1990 lors de l’émission "Cinéma Cinémas 2".

Avec ce titre, Modiano paraît surtout rendre un discret hommage à un poète belge bien oublié, Joseph Boland. En 1947, à trente-trois ans, Boland avait fait paraître aux éditions Georges Thone, à Liège, son premier recueil de poèmes, 87 pages réunies sous le titre... L'Herbe des nuits, précisément. Il publiera ensuite trois autres livres : Chercheur de jour (1950), Talismans (1957) et Statue d'Orphée suivi de Perséphone (1959), et deviendra professeur de langues anciennes à l'Athénée royal d'Herstal. 
Tout cela n'a pu que parler à Modiano. Le recueil de Boland évoque à lui seul la Belgique, donc les racines maternelles de l'écrivain, la poésie qui marque son écriture, et la cruciale année 1947,  l'année de naissance de Rudy, le frère de Patrick Modiano, dont ce dernier a longtemps prétendu que c'était la sienne. Sans oublier cet éditeur, Thone, qui évoque la ville de Thônes, en Savoie, où le jeune Patrick fut élève. 
Quant à Orphée et à l'idée de faire revenir les morts, il s'agit d'un mythe exploré notamment dans Chien de printemps et L'Horizon. 

Le titre La Place de l'étoile, lui, avait été emprunté (involontairement) à un autre poète, Robert Desnos. 

Post scriptum de septembre 2012 : dans un entretien au Figaro Magazine, Patrick dément avoir emprunté son titre à Joseph Boland. Il s'agit bien d'un emprunt, mais à un autre poète, Ossip Mandelstam, affirme-t-il. Au milieu d'un de ses poèmes, datant de 1924,  cet auteur russe (1891-1938) emploie en effet une formule traduite en français par "l'herbe des nuits" (in Simple promesse, éditions La Dogana, trad. Jean-Claude Schneider). "Je ne sais pas si le russe exprime la même chose, mais, en français, l'expression «herbe des nuits» me paraissait refléter le climat de mon livre: ces souvenirs qui jaillissent comme des herbes et qu'on broute sans fin", commente Patrick Modiano.