mercredi 28 mars 2012

Un prix autrichien pour Modiano

Claudia Schmied
   Patrick Modiano est le nouveau lauréat du Prix d'Etat autrichien de littérature européenne, doté de 25.000 euros, a annoncé ce mercredi la ministre de la Culture, Claudia Schmied.

Patrick Modiano, âgé de 66 ans, recevra ce Prix le 28 juillet à Salzbourg. Il a été distingué pour son oeuvre marquée par "des récits profondément humains sur passé et présent, mémoire et oubli", a indiqué Claudia Schmied.

Avant l'écrivain français, l'Autriche avait honoré les Espagnols Jorge Semprun (2006) et Javier Marias (2011), le Suisse Paul Nizon (2010), la hongroise Agota Kristof (2008), l'éccossaise Alison Louise Kennedy (2007) ou encore le Suédois Per Olov Enquist (2009). De l'Hexagone, seules Simone de Beauvoir et Marguerite Duras avaient été récompensées auparavant.

C'est l'écrivain autrichien Peter Handke qui a introduit Patrick Modiano dans le monde germanique, en traduisant lui-même ses romans Une jeunesse et La Petite Bijou. Il aura fallu attendre 2010 pour que paraisse en Autriche son premier roman, La Place de l'étoile (Prix Roger Nimier en 1968).

En France, Patrick Modiano s'est vu décerner les principaux prix littéraires: le Prix Goncourt en 1978 pour Rue des boutiques obscures et le Grand Prix du Roman de l'Académie française en 1972 pour Les Boulevards de ceinture. Il a aussi été distingué pour l'ensemble de son oeuvre par le prix de la BnF et le prix Marguerite Duras, tous deux en 2011.


"Après tant de beaux prix littéraires nationaux dont le Goncourt en 1978, le Grand Prix du Roman de l'Académie française ou le Prix Roger Nimier, ce Prix d'Etat autrichien rend hommage à un auteur dont les racines européennes (père juif italien, mère flamande) ne sont pas étrangères aux thèmes majeurs de son univers romanesque : quête de l'identité, ombres de l'Occupation, a commenté Frédéric Mitterrand, le ministre de la culture et de la communication, dans un message de félicitationsCe Prix est d'autant plus précieux, qu'il vient sceller les liens entre Modiano et l'Autriche, initiés en 1985 par la belle traduction de Une jeunesse par l'écrivain autrichien Peter Handke, et renforcés par la parution, en 2010 en Autriche, de son premier roman, La Place de l'étoile".

samedi 17 mars 2012

Christian Portier, un personnage de Modiano

Christian Portier est un personnage de De si braves garçons.
Elève du collège de Valvert, il est le fils naturel de Claude Portier et d’un Grec dont le nom n’est pas donné.

Ce personnage présente de nombreux traits communs avec Patrick Modiano.
Christian Portier est en effet le fils d’une femme qui ressemble à une actrice de cinéma et d’un homme d’origine étrangère qu’elle avait connu pendant l’occupation. Ses parents se sont ensuite séparés et il ne voit que très rarement son père. Il est néanmoins à la recherche de traces de son père, comme en témoigne sa demande de récupérer la "fiche" de celui-ci retrouvée par Elston, le tailleur. 
Le roman raconte ensuite qu’avant guerre, la mère de Christian Portier a été en contact avec le futur collaborateur Eddy Pagnon, comme Patrick Modiano a longtemps pensé que son père l'avait été.

Vingt ans après le collège, le narrateur retrouve par hasard Mme Portier, qui lui indique que Christian vit au Canada. Mais entre eux, les ponts ont été rompus, comme entre Modiano et son père. "Je crois qu’il ne veut plus me voir…, dit-elle. (…) Il doit me reprocher des choses… Au fond, je n’aurais jamais dû avoir d’enfant."

dimanche 4 mars 2012

Patrick Modiano et Peter Handke

L’écrivain autrichien Peter Handke a traduit en allemand deux romans de Modiano : Une jeunesse (Eine Jugend) et La Petite Bijou (Die Kleine Bijou).

Peter Handke a parlé de ce travail de traduction dans un entretien à "Libération" du 3 avril 2008: "C’était pour moi une reconnaissance envers la France. Peut-être n’ai-je pas rendu le non-dit de ses phrases, mais je crois qu’il a quand même bien voyagé dans la langue allemande. Modiano est vague, cette manière vague délimite l’existence, il laisse dedans plein de choses vides. Parfois, dans ce vide, il laisse trop entrevoir un abandon ou un crime, ce qui m’ennuie, parce que ça rapetisse un peu le mystère du livre. Il n’y a pas d’utopie chez Modiano. C’est comme si au départ il manquait absolument tout. Au départ, il est toujours en danger : on est à la périphérie de l’âme, avec les orphelins. Un soufi dit que la révélation appartient aux orphelins, et non à ceux qui ont des parents."

En 1996, Patrick Modiano a dédié à Peter Handke son roman Du plus loin de l’oubli.

Au printemps 2006, Modiano a également été parmi les premiers à signer la pétition "Ne censurez pas l’œuvre de Peter Handke".
Il s’agissait d’une réaction à la décision prise par l’administrateur de la Comédie-Française, Marcel Bozonnet, d’annuler les représentations prévues en 2007 de Voyage au pays sonore, ou l’art de la question, une pièce de Handke datant de 1989. Marcel Bozonnet avait pris cette mesure à la suite de la participation du dramaturge autrichien aux obsèques de l'ex-président Slobodan Milošević, le 18 mars 2006. Milošević était accusé de génocide et de crime contre l'humanité par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie de La Haye.
Peter Handke avait déjà pris position à plusieurs reprises à propos de la Serbie, et présenté les Serbes comme victimes de la guerre civile. En 2005, il avait notamment publié un essai intitulé Die Tablas von Daimiel (Les Tables de Daimiel), sous-titré Ein Umwegzeugenbericht zum Prozeß gegen Slobodan Milošević (Un Rapport testimonial détourné pour le procès contre Slobodan Milošević).

Un article sur la polémique : "Affaire Handke : Bozonnet se défend" ("Le Figaro").
Un dossier complet sur l’affaire, sur le site de Balkans-Infos, qui soutient Handke.

A lire : le texte de la pétition signée par l'écrivain Anne Weber, et soutenue par plusieurs intellectuels, dont Patrick Modiano. Il est paru dans "Le Monde" le 3 mai 2006.
"Le 6 avril 2006, dans la rubrique "Sifflets" du Nouvel Observateur, parut une notule portant sur Peter Handke, signée Ruth Valentini. La journaliste y qualifie l'écrivain de "révisionniste", prétend qu'il "approuve le massacre de Srebrenica et autres crimes commis au nom de la purification", et lui prête des propos qu'il n'a jamais tenus. Dans une lettre au Nouvel Observateur, Peter Handke répond à ces accusations. Trois semaines plus tard, sa réponse n'a toujours pas été publiée, "la personne qui s'occupe du courrier des lecteurs étant actuellement en vacances".
En attendant, il a suffi des cinq phrases mensongères de Ruth Valentini pour décider Marcel Bozonnet, administrateur de la Comédie-Française, à déprogrammer une pièce de Peter Handke qui devait être jouée dans une mise en scène de Bruno Bayen à la rentrée de 2007.
En rendant publique sa décision, Marcel Bozonnet n'a pas eu honte de donner pour seul motif la parution de cet article dans Le Nouvel Observateur (après l'avoir lu, "mon sang n'a fait qu'un tour"). Sans prendre la peine de vérifier les affirmations de la journaliste, Marcel Bozonnet, en profite pour se poser publiquement - et à peu de frais - en défenseur des victimes et en héros des droits de l'homme.
Retenons la seule information vraie de l'article de Ruth Valentini : Peter Handke est allé à l'enterrement de Slobodan Milosevic. Il ne s'agit pas ici de décider s'il a eu tort ou raison d'y aller. Il s'agit de savoir si ce fait doit justifier ou non le rétablissement en France d'une forme de censure exercée par les bien-pensants.
En réalité, la censure a déjà fonctionné bien avant cette déprogrammation qui n'est que l'aboutissement (provisoire) d'une mise au ban systématique exercée depuis quelques années maintenant à l'encontre de Peter Handke. Depuis qu'il a commencé à dénoncer la diabolisation des Serbes et à poser des questions sur la guerre civile yougoslave dans Un voyage hivernal vers le Danube, la Save, la Morava et la Drina (Gallimard), l'écrivain est traité par les médias comme un dangereux ennemi public qu'on peut insulter impunément et dont chacun peut déformer les propos à sa guise : le calomniateur apparaîtra dès lors comme un admirable militant pour la bonne cause.
L'unanimité des journaux est frappante, et leur influence est telle qu'il y a désormais des libraires qui refusent d'avoir des livres de Peter Handke dans leurs rayons. Le Recommencement, Le Malheur indifférent, La Leçon de la Sainte-Victoire, qui comptent parmi les plus beaux livres du siècle dernier, sont boycottés, censurés. On préfère se fier à l'avis du Nouvel Observateur plutôt que de se confronter à une oeuvre considérable et magnifiquement singulière.
Cette oeuvre, heureusement, n'a pas besoin qu'on la défende. Elle ignore les opinions. Elle est là, riche et calme, vaste et vivante. Elle n'aura pas "le dernier mot", d'ailleurs, elle ne cherche pas à l'avoir. Elle n'attend rien. Elle ne donne pas de réponse. Ceux qui n'ont pas tout compris d'avance sauront la trouver."
Ce texte a reçu le soutien de :
Klaus Amann, Nicole Bary, Ruth Beckermann, Patrick Besson, Gérard Bobillier, Luc Bondy, Jacqueline Chambon, Yves Charnet, Vladimir Dimitrijevic, Anne Freyer, Robert Hunger-Bühler, Elfriede Jelinek, Peter Stephan Jungk, Colette Kerber, Emir Kusturica, Christine Lecerf, Olivier Le Lay, Jean-Yves Masson, André Marcon, Jean-Michel Mariou, Mladen Materic, Robert Menasse, Pierre Michon, Patrick Modiano, Emmanuel Mosès, Paul Nizon, Bulle Ogier, Colette Olive, Pierre Pachet, Christophe Pellet, Serge Regourd, Pierre-Guillaume de Roux, David Ruffel, Eryck de Rybercy, Robert Schindel, Elisabeth Schwagerle, Sophie Semin, Erich Wolfgang Skwara, Gerald Stieg, Josef Winkler.



Deux mots envoyés par Peter Handke à Patrick Modiano en octobre 1990 et janvier 1996 ont été publiés dans le "Cahier de L'Herne" consacré à Modiano en janvier 2012. Dans le second, Handke écrit à Modiano pour le remercier de lui avoir dédicacé Du plus loin de l'oubli: "Je suis ému. Et je lis, doucement."


Peter Handke est né à Griffin en Autriche en 1942, de père inconnu. Il a donc trois ans de plus que Patrick Modiano. Tous les deux ont connu les « joies » des internats pour garçons.
A la fois poète, romancier, essayiste, traducteur, auteur de théâtre et cinéaste, il est l’un des principaux écrivains autrichiens contemporains.
Il est notamment l’auteur de Le Colporteur (1967), L’Angoisse du gardien de but au moment du penalty (1970), La Femme gauchère (1976), et du scénario du film Les Ailes du désir (1987).